Ma motivation : rendre ce que j’ai reçu par le service

Article de nouvelles / Le 31 mars 2021

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Par Sara White

L’adjudant-chef Keith Mitchell, C.V., M.M.M., M.S.M., C.D., pourrait prolonger de deux années son service militaire exceptionnel d’une durée de plus de 40 ans, mais il a décidé de mettre fin à sa carrière le 31 mars.

« Je suis en ce moment le militaire le plus décoré des Forces armées canadiennes. Je suis adjudant-chef. Je suis heureux. Je suis en santé. Je me retire au sommet de ma carrière. »

Toutefois, ça n’a pas toujours été ainsi.

L’adjudant-chef Mitchell admet avoir été un enfant rebelle et en colère en tant que deuxième des trois enfants d’une mère monoparentale qui avait fui une relation difficile. La famille vivait dans un quartier pauvre de Montréal et emménageait tous les ans dans un logement moins cher.

« J’ai eu mon premier circuit de livraison de journaux à dix ans, et c’était un gros circuit de 250 journaux, pour contribuer au budget de ma famille, affirme l’adjudant-chef Mitchell. Je n’étais pas fait pour les études secondaires et je n’ai pas obtenu mon certificat d’études; j’ai échoué en français. Je me suis joint à l’armée dès que j’ai eu 17 ans, la Réserve de l’Armée canadienne. L’armée n’était pas très populaire au Québec, le souvenir de la crise d’Octobre et l’imposition de la loi martiale étant encore frais dans les esprits, mais j’avais toujours voulu m’enrôler. »

L’adjudant-chef Mitchell s’est joint à la Réserve de l’Armée canadienne en 1980 et a passé quatre ans comme sapeur, apprenant et accumulant de l’expérience avant de prendre sa décision : « C’est ce que je voulais faire pendant le reste de ma vie. J’aimais tout ce que l’armée pouvait m’offrir ».

L’adjudant-chef Mitchell s’est enrôlé dans la Force régulière en 1984 et a pris la direction du camp d’entraînement de Cornwallis. Il connaissait déjà la différence entre l’entraînement de la Force de réserve et celui de la Force régulière et voulait vivre intégralement l’expérience de mettre de côté ce qu’il avait appris et d’apprendre quelque chose de nouveau.

Sa première affectation a été comme sapeur de combat à Petawawa, où il est retourné à l’école et a obtenu son certificat d’études secondaires. Il a agi comme plongeur aéroporté dans les Forces d’opérations spéciales, assurant au régiment un soutien en démolition.

« Nous construisions des ponts, démolissions des infrastructures; la devise des sapeurs est « premiers arrivés, derniers partis ». Je voulais toujours être le fer de lance. Il me fallait me dépenser physiquement ou je me serais attiré des ennuis. »

L’adjudant-chef Mitchell a même participé à un entraînement de guerre dans la jungle avec la Légion étrangère en Guyane française.

Après une affectation à Ottawa, où il a participé aux travaux sur le nouveau système de purification d’eau par osmose inverse ayant ensuite accompagné les sapeurs en Iraq, il a demandé en 1992 un changement d’occupation, soit comme plongeur-démineur, soit comme technicien en recherche et en sauvetage (Tech SAR). Les deux avenues lui étant ouvertes, il a choisi de devenir Tech SAR.

« C’était un changement naturel et le facteur de risque était attrayant, me poussant à la limite. »

Pourquoi travailler, s’entraîner et vivre aussi intensément et aussi dangereusement?

« Le facteur de risque, combiné à l’occasion d’aider des gens en péril, m’attirait. J’ai toujours cru que j’étais redevable à l’armée, qui m’avait offert une vie autre que le milieu instable dans lequel j’ai grandi. En tant que soldat et aviateur, je pouvais exceller dans un milieu exigeant et donner quand même en retour. »

On pouvait dénoter cette motivation chez l’adjudant-chef Mitchell dès le début : candidat le mieux classé au cours de sapeur de combat, puis à l’entraînement de parachutiste, au cours de chefs de combat et au cours de chefs d’équipe de Tech SAR. Son curriculum vitae comprend des pièces du commandant et des mentions élogieuses de nombreux échelons et pays, l’Ordre du mérite militaire, la Médaille du service méritoire, l’Étoile de campagne générale (Afghanistan), la Médaille du jubilé de diamant de la Reine, la Médaille du jubilé d’or de la Reine et la seconde barrette de la Décoration des Forces canadiennes.

« Le travail était agréable et abondant », dit l’adjudant-chef Mitchell à propos des huit premières années de son affectation à la SAR à la 14e Escadre Greenwood, en Nouvelle-Écosse. Il n’y avait rien de différent dans l’appel de la journée du 12 novembre 1996 qui lui a valu la Croix de la vaillance, jusqu’à ce que les choses se corsent.

« Nous apportions un soutien aérien lors d'une évacuation sanitaire à Goose Bay. Toutefois, l’hélicoptère a dû se poser pour attendre que des intempéries passent. Nous sommes retournés au bateau pour faire une évaluation et l’état du patient empirait. Notre travail consiste à aider les gens, alors Bryan et moi avons pris la décision d’y aller. »

Alors caporaux-chefs, Keith Mitchell et Bryan Pierce ont sauté en parachute du Hercules dans l’eau glacée et ont nagé vers le chalutier danois en luttant contre des vagues de trois mètres jusqu’à ce que l’équipage du bateau de pêche puisse venir les repêcher dans un canot pneumatique. Une fois à bord du chalutier, ils ont prodigué des soins médicaux pendant quinze heures au patient alors que le chalutier faisait route vers Iqaluit.

« Bryan et moi avions suivi le même cours de SAR; c’est très utile de connaître les compétences en SAR de son coéquipier, dit l’adjudant-chef Mitchell. Je connaissais ses capacités et son état d’esprit, et il en allait de même pour lui. Nous savions que si l’un de nous était en péril, l’autre viendrait à son aide. »

Obtenir la Croix de vaillance est exceptionnel : depuis son ajout au système canadien de distinctions en 1972, deux seulement ont été décernées à des militaires de l’Aviation royale canadienne, celles de Mitchell et de Pierce, et trois autres à des militaires de la Marine royale canadienne. Les gouverneurs généraux n’en ont remis que 20 au total, et seule la Croix de Victoria lui est supérieure comme distinction.

« Lorsque j’arrive quelque part en uniforme de grande tenue, les gens sont intrigués et posent des questions; c’est bien, parce que c’est une leçon d’histoire. Ce n’est pas à propos de moi, mais plutôt à propos de ce que la Croix de vaillance représente et de ce qu’ils pourraient faire aussi, de leur côté. »

L’adjudant-chef Mitchell a terminé son travail de SAR en 2008 et a suivi une formation linguistique en français pendant un an. Il est retourné en 2009 à la 14e Escadre Greenwood en tant que réserviste, se joignant d’abord à l’Escadrille d’instruction – Disponibilité opérationnelle, puis travaillant ensuite au programme civil de recherche et sauvetage aérien avec le 413e Escadron de transport et de sauvetage. Occuper un poste dans l’escadrille de la Réserve aérienne a permis d'élargir son expérience et ses connaissances, ouvrant la voie à sa promotion au grade d’adjudant-chef en 2019. Il termine sa carrière auprès du Directeur – Réserve aérienne à Ottawa, faisant du télétravail à la 14e Escadre en qualité de gestionnaire de carrière des militaires du rang.

Il est prêt à faire ses adieux. Avec sa femme, Melissa, il a élevé deux enfants, et les deux membres du couple adorent leur rôle de grands-parents. L’adjudant-chef Mitchell passe ses loisirs à jouer de la guitare, à naviguer en kayak et à faire des choses autour de la maison et de sa propriété avec son chien Sam à ses côtés. Il s’est intéressé dans les dernières années à ses racines familiales, allant au‑delà de son enfance pour plonger dans l’histoire. Son père biologique a été graisseur dans la Marine canadienne alors qu’un oncle s’est enrôlé dans le 173e Régiment aéroporté des États-Unis et a passé du temps au Vietnam. Un grand‑père a servi dans la Welsh Home Guard pendant la Seconde Guerre mondiale et un grand-oncle a reçu la Croix militaire après avoir servi et subi des blessures en territoire ennemi en aidant la Résistance française. Ce même grand-oncle a plus tard été reçu membre de l’Ordre de l’Empire britannique pour son travail à Manille avec l’armée britannique.

« Sachant ce que je sais maintenant du service militaire et ce que j’ai appris sur ces hommes en explorant ma généalogie, je peux dire qu’il s’agissait de vrais durs à cuire. »

Il va sans dire qu’ils ne sont pas les seuls.

Sara White est rédactrice en chef du journal de la 14e Escadre Greenwood, The Aurora, dans lequel cet article a d’abord paru.

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