Une pionnière de la Force aérienne : la sauveteuse-parachutiste Grace MacEachern

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Article de nouvelles / Le 7 mars 2017

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Par Jill St. Marseille

Le 8 mars est la Journée internationale de la femme. En reconnaissance des nombreuses réalisations des femmes membres des Forces canadiennes et des femmes de tous les horizons, nous vous présentons l’histoire d’une véritable pionnière de l’Aviation royale canadienne.

Grace « Gracie » MacEachern (née Gagnon) fait figure de pionnière pour les femmes à une époque où le rôle de celles-ci et leurs droits sont en pleine révolution. Elle est ce qu’on appelle une « para-belle », surnom romantique donné aux femmes sauveteuses-parachutistes des Forces armées canadiennes dans les années 50. En plus de contribuer à la redéfinition des rôles des sexes, Mme MacEachern favorise l’établissement de ce qui deviendra l’actuel service de recherche et de sauvetage du Canada.

Selon les dires de son fils, Bruce MacEachern, « elle a réellement ouvert la voie aux femmes et à la Force aérienne elle-même ».

Mme MacEachern amorce sa carrière d’infirmière à titre d’infirmière militaire pour les Sœurs Grises dans la région de Pembroke, en Ontario. Après le décès de son premier mari, Cranston Woodward, elle s’enrôle dans les Forces armées canadiennes en 1951, où elle obtient le grade de sous-lieutenant d’aviation juste avant de prendre part au cours de sauveteurs-parachutistes, à l’âge de 32 ans.

Le cours de sauveteurs-parachutistes donné dans les années 1950 est suivi par des infirmières et des médecins, qui, à l’époque, sont les seuls membres du personnel médical à sauter d’avions pour effectuer des missions de sauvetage. Et c’est volontairement qu’ils le font. Ce cours constitue la base de l’exigeant cours de technicien en recherche et en sauvetage d’aujourd’hui et constitue alors son seul équivalent. (Le cours ne dure qu’un mois à l’époque, alors que le cours actuel dure une année.) Peu importe, comme le souligne l’adjudant-maître Gavin Lee, ancien technicien en recherche et en sauvetage, « tous ceux et toutes celles qui ont réussi ce cours méritent des éloges, car c’est très difficile ». 

Bien que les réalisations sans précédent de toutes les « para-belles » soient dignes de commémoration, celles de Mme McEachern restent particulièrement remarquables puisqu’elle est la première femme à effectuer un saut pendant une mission de sauvetage. Elle effectue ce saut au mont Coquitlam, en Colombie-Britannique, afin de secourir un géologue un mois seulement après avoir suivi le cours de sauveteurs-parachutistes.

Mme McEachern atterrit toutefois dans un arbre et, comme son harnais est mal ajusté, elle se retrouve suspendue par un pied. Il lui faut environ deux heures pour se redresser et descendre. « Elle a alors utilisé sa corde de descente en nylon, qui mesurait 100 pieds [30,4 m] de long, mais à laquelle il manquait tout de même 20 pieds [6 m] pour toucher le sol. Pendant qu’elle s’efforçait de se redresser, elle a échappé ses gants et pendant sa descente, la corde lui a gravement brûlé les mains », explique son fils.

La nuit est tombée lorsque Mme McEachern atteint le sol, après quoi, malgré sa petite charpente de 43 kilogrammes, elle transporte ses deux sacs à fourbi, qui pèsent 27 kilogrammes, jusqu’en haut de la montagne. Elle doit alors passer la nuit en pleine forêt, faute de lumière. Elle rattrape les autres sauveteurs durant l’avant-midi suivant, et le géologue qu’ils voulaient secourir est finalement retrouvé sain et sauf.

L’équipement qu’utilisent les « para-belles » est très rudimentaire; leur casque comprend une visière comme celle qu’on trouve sur les casques de hockey, leurs bottes ressemblent à celles que portent les scouts, leur harnais n’est pas ajusté à leur silhouette, qui est plus petite que celle des hommes, et leurs « parachutes ne suffisent en gros qu’à les mener jusqu’au sol », selon l’adjudant-maître Lee.

« [Leurs parachutes] n’ont rien à voir avec les gros parachutes d’aujourd’hui, qui permettent d’atteindre en toute sécurité des endroits peu accessibles. Les parachutistes connaissaient des atterrissages très brutaux; même à l’époque, l’équipement est obsolète. De nos jours, personne ne sauterait à l’aide de pareil équipement », ajoute l’adjudant-maître Lee.

Mme McEachern subit plusieurs opérations à la suite de nombreux sauts, notamment trois remplacements de genou et une fixation des vertèbres.

Elle quitte les Forces armées canadiennes en 1955 pour entreprendre une mission d’un tout autre ordre, soit se marier, et, comme à cette époque une femme mariée ne peut pas être infirmière, elle fait plutôt carrière dans le secteur de la santé publique.

En 1965, elle déménage à Trenton, en Ontario. Elle prend sa retraite du secteur de la santé publique dans les années 70, mais elle et son mari continuent de visiter des anciens combattants et des personnes âgées qui vivent dans des foyers entre Kingston et Brighton, en Ontario.

« Elle était vraiment attentionnée, très déterminée, presque têtue, en plus d’avoir un côté aventureux. Les soins infirmiers étaient son premier choix, et elle était résolue à aller de l’avant et à sortir des sentiers battus », mentionne son fils.

Grace MacEachern a rendu l’âme le 17 février 2010, soit sept mois avant son 90e anniversaire.

À ses funérailles, six techniciens en recherche et en sauvetage vêtus de leur combinaison de saut orange ont porté son cercueil, et des militaires du 424e Escadron et de l’Escadron de sauvetage de la 8e Escadre Trenton se sont réunis pour lui rendre un dernier hommage. Mme McEachern était fort respectée par les membres de la collectivité de la recherche et du sauvetage, et beaucoup la connaissaient sous le nom affectueux de « Gracie ».

L’adjudant-maître Lee a assisté à ses funérailles tenues récemment à Trenton, où il a entendu des gens dire qu’elle serait vraiment fière de savoir que ses porteurs étaient des techniciens vêtus de leur combinaison.

« Et nous étions également très fiers d’elle. Elle faisait partie d’une unité d’élite dans le monde. C'était une exploratrice, une véritable pionnière », conclut l’adjudant-maître Lee.

Cet article a été publié à l'origine en 2010.

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