Sparky MacKenzie a adoré sa participation au PEACB

Article de nouvelles / Le 31 août 2016

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Radiotélégraphiste à terre en Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale, Allison « Sparky » MacKenzie a sûrement été un rayon d’espoir pour les pilotes de bombardier qui rentraient à la base après une sortie
au-dessus de l’Allemagne.

Par Ross Lees

Pendant presque trois ans et demi à compter de 1942, la Canadienne Allison « Sparky » MacKenzie a été radiotélégraphiste à terre, un travail qu’elle a adoré.

Équipée du meilleur casque de radiotélégraphie et du transmetteur le plus puissant d’Angleterre, elle transmettait le signal horaire aux bombardiers en mission dans le ciel allemand.

« Je transmettais le signal toutes les demi-heures (BV9QTF et l’heure) », se souvient‑elle lors d’une entrevue donnée depuis son appartement de Belleville, en Ontario. « Je le répétais toutes les demi-heures, après quoi je guettais les S.O.S. de détresse ou les ‘O’ des urgences. C’était les seuls messages qu’ils pouvaient envoyer au quartier général. »

Comme son casque était très puissant, les Allemands pouvaient en capter et en écouter les communications, aussi les transmissions étaient-elles limitées au strict minimum. Elle se souvient aussi avoir souvent reçu des messages d’appareils qui s’étaient abîmés dans la mer. « C’était toujours du code. » Elle avait appris l’alphabet Morse et, une fois atteints les 24 mots à la minute, était passée directement aux opérations. « C’était très stimulant, mais nous gardions notre calme en toutes circonstances; après tout, c’était la guerre », précise-t-elle sans sourciller.

Sparky, dont le nom de jeune fille était, comme ça se trouve, Sparks, garde du jour J un souvenir très vif.

« Le jour J a été fantastique. Nous n’avons eu aucun moment de repos. Nous sommes restés à nos postes 24 heures d’affilée et nous pouvions voir et entendre les bombardiers. Ils venaient de toutes nos stations satellites, et le ciel en était carrément obscurci. Nous étions le quartier général de beaucoup de stations et c’était vraiment quelque chose! »

Elle ne les voyait pas revenir parce qu’elle travaillait à l’intérieur du quartier général. « Tout ce que je voyais, c’était les gars quand ils partaient. Au retour, leurs rangs étaient passablement clairsemés », soupire-t-elle au souvenir du son des aéronefs. « Certaines de mes compagnes ont perdu leur mari à la guerre. Pour ma part, j’ai perdu quelques amis, pour ainsi dire, mais aucun auquel j’étais vraiment attachée. »

Des photos, placées çà et là dans son appartement, relatent une bonne partie de son passage dans les forces militaires.

Sparky adorait son métier de radiotélégraphiste à terre et elle est toujours restée au fait de la technologie. Elle a aujourd’hui son propre ordinateur. « J’ai Windows 10 », annonce-t-elle, précisant qu’il y a une dizaine d’années qu’elle se sert d’ordinateurs.

Deux fois mariée, elle a eu pour second époux le commandant d’aviation Andy MacKenzie, le héros de Mayhem to Mayday, un livre pour lequel elle a fourni une bonne part de l’information. Un communiqué de presse sur cet ouvrage décrivait ainsi son mari :

Andy MacKenzie rêvait de voler, et son rêve s’est réalisé le jour où il a été reçu pilote de l’Aviation royale du Canada. Il voulait absolument devenir pilote de chasse, mais il a d’abord dû consacrer deux années à la fonction d’instructeur. Finalement arrivé outre-mer, il a rapidement fait partie des as quand il a descendu trois aéronefs ennemis en 90 secondes, se méritant du coup la Croix du service distingué dans l’Aviation (DFC). Un tir américain « ami » l’a abattu au-dessus de la tête de plage de Normandie. Avant son retour au Canada où il a pris le commandement d’un escadron de Kitty Hawk en partance pour la guerre du Pacifique, il avait abattu 8,5 appareils. Quand la bombe atomique a mis fin à ses chances de reprendre le combat, il a quitté la Force aérienne. Peu de temps après s’être enrôlé de nouveau, il a occupé des emplois à terre avant de commander le 441e Escadron, qui avait pour appareil le F‑86 Sabre. Dans le cadre d’un échange avec la force aérienne américaine, en Corée, il a été abattu par un ailier et a enduré deux ans de torture dans une prison chinoise, dont 465 jours d’isolement pour avoir refusé de révéler des secrets militaires. Une fois la guerre de Corée terminée, il est rentré au Canada plus léger de 32 kilogrammes, mais toujours doté de son exubérant sens de l’humour. [Traduction]

Sparky le décrit comme un homme « formidable » et ne rate pas une occasion d’en parler. « Il a vraiment eu une carrière remarquable. Il était commandant du 441e (Escadron) », dit-elle. « Il s’amusait bien et ne s’est jamais trop pris au sérieux. Ses hommes l’adoraient. Quand il a été porté disparu, ils étaient vraiment bouleversés. Malgré qu’il ne reparaissait pas, personne, ici, ne s’en est soucié. Sa femme disait qu’il n’était pas mort et refusait de signer quelque document que ce soit; comme ça elle a continué de toucher sa solde. Elle avait quatre enfants. Il a finalement reparu. Elle était en contact avec un diplomate qui en a touché un mot à Zhou Enlai; celui-ci a dit qu’il allait voir s’ils ne le tenaient pas prisonnier quelque part. Il les a informés par la suite qu’il était bien détenu et qu’il serait libéré en temps opportun. Deux ans plus tard exactement, à l’heure et à la minute près, ils l’ont libéré à Hong Kong. »

Quand la femme d’Andy MacKenzie, la meilleure amie de Sparky, est morte, Sparky a épousé Andy, et ils ont connu plusieurs bonnes années ensemble. Il a décroché 15 médailles, qu’elle a toujours. Elle a aussi une photographie de lui avec Johnny Johnston, l’as des as anglais, prise lors de la dernière réunion des as pilotes, au Château Laurier, à Ottawa. Une histoire amusante lui revient en mémoire au sujet du commandant d’aviation MacKenzie, celle du jour où il a reçu son brevet de pilote, ce qui se fait ordinairement dans le cadre d’une cérémonie empreinte de solennité. Ça n’a pas été le cas pour lui. Une fois l’entraînement terminé, son instructeur leur a dit, à lui et à ses compagnons : « Vous vous êtes très bien débrouillés, les gars, je pense que vous méritez votre brevet. Vous pouvez les prendre, ils sont sur le bureau, mais laissez-moi 26 sous. »

« Il a obtenu son brevet de la Royal Air Force (RAF) parce que son instructeur, un Britannique, était membre de la RAF. »

Sparky a rencontré son premier mari, avec lequel elle a passé cinquante ans, en Angleterre. Tous deux radiotélégraphistes, ils travaillaient côte à côte. Sparky et lui, qui se nommait Fred « Tommy » Tucker, se sont mariés dans une église du XIe siècle, dans l’enceinte de la station et ils ont passé leur lune de miel à Trafalgar Square. « Lui aussi, il était radiotélégraphiste », dit-elle, en évoquant le jour où il a obtenu son insigne professionnel. Il était encore en Angleterre quand elle est rentrée au Canada. Il y est resté presque jusqu’au jour de la victoire sur le Japon. « Il est rentré avant ça et nous sommes partis en lune de miel aux chutes Niagara le jour même de la victoire sur le Japon. Je n’étais plus dans les forces à ce moment. »

Une bonne part de ce qu’elle se remémore de cette époque lui est inspirée par les nombreuses photographies qu’elle conserve de cette période de sa vie. Elle a donné un certain nombre de ses souvenirs à un musée d’Ottawa, mais elle peut vous faire suivre toute sa carrière militaire sur les photos qu’elle a toujours. Elle a notamment une photo du jour où le colonel d’aviation Weber lui a remis son insigne.

Elle s’est enrôlée dans les forces militaires à 19 ans, perpétuant ainsi une coutume voulant qu’un membre de sa famille participe à chaque guerre. « Il y a eu quelqu’un de ma famille dans chaque guerre depuis la guerre de Crimée », souligne-t-elle. « J’ai une photo de mon grand-père dans le salon; il a combattu lors de la guerre de Crimée, et sa commission porte la signature de la reine Victoria. J’ai sa signature ici. Mon père s’est présenté, mais comme il était tuberculeux, ils l’ont rejeté. Deux de ses frères, quand même, se sont enrôlés.

« J’étais stationnée à Uplands », précise-t-elle. Elle a suivi son instruction élémentaire à Rockcliffe, ce qui n’a pas fait son bonheur, car elle était toujours au pays alors qu’elle voulait voyager. Mais Sparky et ses amies ont tiré le meilleur parti possible de cette période de leur carrière. « Nous avons participé à des compétitions de natation, qui se déroulaient à l’Association athlétique de Montréal, contre d’autres stations et nous avons joué au ballon-panier et gagné contre Rockcliffe. On se tenait occupées, physiquement ». Elle se souvient d’avoir fait à pied un très long trajet à Montréal, par un froid glacial, avant son départ pour l’étranger. Elle était d’un groupe de 32 femmes qui ont été, en mars 1943, les premières personnes de sexe féminin à graduer.

La carrière de Sparky, à l’instar de la carrière de toutes ses compagnes, a vu des hauts et des bas. « Une fois, c’est particulièrement intéressant, nous étions à Londres, à bord d’un train militaire, et nous nous dirigions vers le nord, » dit-elle. « L’une d’entre nous a aperçu son frère, qui était officier dans l’Armée de terre, et l’a salué de la main. Elle ne l’a plus jamais revu. Il a été tué. Il est arrivé des tas de choses tragiques comme ça ». Une inspection spéciale, en Angleterre, a été l’un des hauts points de sa carrière : « La reine est venue nous passer en revue à Topcliffe. Nous sommes restées au garde-à-vous toute la journée ».

Le souvenir d’un autre de ses amis lui revient à l’esprit : il avait perdu une aile de son Harvard en passant sous des fils électriques à Smiths Falls, en Ontario. « Il a passé un mois en prison et a perdu sa commission », regrette-t-elle. « Mais il a posé l’avion. Il l’a redressé et l’a posé dans un champ. Pour le punir, ils l’ont envoyé en Inde, mais finalement cela lui a probablement sauvé la vie, parce que la plupart de ses confrères ne sont jamais revenus. »

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