Profil de courage : Aviateur­chef Kenneth Gerald Spooner

Article de nouvelles / Le 3 juin 2016

En 2016, l’Aviation royale canadienne (ARC) commémore le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB), l’un des plus vastes programmes d’entraînement au monde. Au terme de la Seconde Guerre mondiale, le PEACB avait remis leur certificat à 131 553 membres d’équipages aériens qui allaient exercer leurs compétences dans les forces aériennes canadienne, australienne, britannique et néo­zélandaise.

Il y eut toutefois un prix humain à payer : plus de 900 stagiaires, instructeurs
et membres du personnel de piste ont perdu la vie pendant l’entraînement.

Par le major Bill March

En 2016, l’Aviation royale canadienne (ARC) commémore le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB), l’un des plus vastes programmes d’entraînement au monde. Au terme de la Seconde Guerre mondiale, le PEACB avait remis leur certificat à 131 553 membres d’équipages aériens qui allaient exercer leurs compétences dans les forces aériennes canadienne, australienne, britannique et néo­zélandaise.

Il y eut toutefois un prix humain à payer : plus de 900 stagiaires, instructeurs et membres du personnel de piste ont perdu la vie pendant l’entraînement.

Kenneth Gerald Spooner a décidé de s’enrôler dans l’Aviation royale canadienne (ARC) à l’été 1942, alors qu’il travaillait pour le Canadien Pacifique Limitée à Smiths Falls, sa ville natale située en Ontario.

Le bureau de recrutement de Montréal a déterminé que Kenneth, qui était un athlète modeste aimant jouer au rugby, au hockey et au basket­ball lorsqu’il était à l’école secondaire, présentait les qualités nécessaires pour faire partie du personnel navigant. Très peu de temps après cette évaluation, soit le 31 juillet, le jeune homme de vingt ans a été envoyé au Dépôt des effectifs no 5 à Lachine, au Québec, en vue de prendre part à un entraînement dans le cadre du Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB). À la suite de son initiation aux joies de la vie militaire, il a été transféré au Dépôt des effectifs no 4 dans la ville de Québec le 11 septembre, en attendant qu’une place se libère dans une école préparatoire d’aviation. Enfin, le 8 novembre, il a pu rejoindre la 5e École préparatoire d’aviation, à Belleville, en Ontario.

À cet endroit, il a étudié divers sujets, dont la navigation et les mathématiques, en plus de passer une batterie de tests physiques et psychologiques. Les examens comprenaient notamment un exercice dans un « link trainer », soit l’un des premiers simulateurs de vol, dans le cadre duquel on a vérifié s’il possédait les aptitudes nécessaires pour remplir les fonctions des divers membres de l’équipage des aéronefs. Décrit comme un jeune homme coopératif, bien discipliné et mûr pour son âge, Kenneth a achevé le cours no 66 le 4 février 1943 avec une note de 818 sur 1 000 pour ses matières scolaires. Considéré comme un candidat supérieur à la moyenne pour les postes de navigateur et de bombardier, Ken a été envoyé trois jours plus tard à la 4e École d’observation aérienne à London, en Ontario, pour commencer son entraînement en navigation.

Située à l’aéroport Crumlin, la 4e École d’observation aérienne était exploitée par Leavens Aviation, une entreprise civile liée à Toronto et à Belleville, en Ontario. L’Avro Anson était le principal avion d’entraînement de l’École. Ce monoplan bimoteur à aile basse a été en service opérationnel pendant une période limitée au cours de la guerre avant d’être affecté aux tâches d’entraînement. Il s’agissait d’un pilier du PEACB.

Le 14 mai 1943, l’aviateur­-chef Spooner a pris place dans l’avion Anson no 7064 pour participer à ce qui devait être un vol d’entraînement régulier. Dans l’appareil se trouvaient également le sergent D.A. Nelson, qui pilotait l’avion, le sergent W.J. Brown, l’aviateur­-chef R.H. Bailey, un radiotélégraphiste­-mitrailleur, un autre élève-­navigateur et l’aviateur­chef J.A. Curtis, un élève-­bombardier. L’avion Anson no 7064 a décollé à 14 h pour que les occupants puissent prendre part à un exercice de bombardement et de navigation. Pendant deux heures et demie, tout s’est déroulé normalement. Puis, le pilote a informé l’équipage qu’il ne se sentait pas bien par l’interphone. Ne souhaitant pas rater une occasion de s’entraîner, l’équipage a décidé de faire un autre exercice de bombardement. À ce moment, l’aviateur­chef J.A. Curtis a remarqué que le pilote était affalé dans son siège, inconscient.

Curtis a alors pris le contrôle de l’avion tandis que Bailey tentait de ranimer le pilote. Pendant ce temps, Brown a communiqué avec l’École d’observation aérienne pour rapporter l’incident. La situation était certes périlleuse, car aucune autre personne à bord de l’appareil n’avait déjà été aux commandes d’un avion. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’École leur a donné par radio l’instruction d’enfiler un parachute à Nelson et de le jeter hors de l’avion. Spooner a alors pris les commandes de l’avion, tandis que Curtis allait chercher un parachute pour le pilote inconscient. Toujours en communication radio avec l’École, Brown a vérifié la position de l’avion et a obtenu des instructions sur la manière de changer l’alimentation du réservoir auxiliaire, car le Anson était près de manquer d’essence.

Spooner tentait de maintenir l’avion en vol en palier pendant que Bailey essayait de sortir Nelson du siège du pilote. À ce moment, le pilote a momentanément repris connaissance. Désorienté, il a tenté de s’emparer des commandes. À la suite d’une brève altercation, Nelson s’est de nouveau évanoui. Son corps empêchait Spooner d’accéder au manche pilote. Comme l’avion, qui allait manquer d’essence, perdait de l’altitude, et que le pilote était toujours inconscient, Spooner a décidé de prendre la situation en main et a ordonné à l’équipage d’abandonner l’appareil. Il allait demeurer aux commandes de l’avion jusqu’à ce que tout le monde ait quitté le Anson. Bailey, Curtis et Brown ont prestement enfilé leur parachute, puis ont sauté dans le vide. Brown n’a pas survécu.

Le Anson a poursuivi son vol laborieux, piloté par Spooner. Ronald Nelson, un pilote civil de la 4e École d’observation aérienne, s’est rendu sur les lieux en avion à la réception du message de détresse. Il a assisté aux derniers moments du Anson, qui s’est écrasé dans le lac Érié, à environ cinq kilomètres au sud­est de Port Bruce, en Ontario. Il n’y eut aucun survivant.

Le corps de l’aviateur­-chef Spooner a seulement été récupéré trois mois plus tard, soit le 17 août. Il a été inhumé avec tous les honneurs militaires le 21 août 1943, à Smiths Falls, sa ville natale. Sur la base des témoignages des autres stagiaires, on lui a décerné la Croix de Georges le 1er janvier 1944. C’est le deuxième membre de l’ARC à avoir reçu cette décoration. Voici un extrait de sa citation : « Cet aviateur, qui était un élève­navigateur n’ayant pris part à aucun entraînement de pilote, a fait montre d’un courage, d’une détermination et d’une générosité remarquables [...] et sans même se soucier de sa propre sécurité, et dans le respect des plus grandes traditions militaires, il a sacrifié sa vie pour sauver celles de ses camarades » [traduction].

Il avait vingt ans.

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