Les techniciens des mouvements : la force invisible qui fait bouger les choses

Article de nouvelles / Le 14 mars 2018

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Par Jeff Gaye

Quand vient le moment de transporter les militaires et le matériel de la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta, une équipe travaille en coulisses pour faire en sorte qu’ils atteignent leur destination.

La Section des mouvements aériens de l’aérogare Medley compte dix techniciens des mouvements (TEC MOUV), des experts militaires de l’emballage, du chargement et de l’expédition de tout ce que les Forces armées canadiennes (FAC) doivent déplacer par voie terrestre, maritime ou aérienne.

Le Centre de distribution du matériel de Cold Lake emploie aussi trois autres TEC MOUV. « Vous êtes expert en la matière d’un tas de choses », affirme la sergent Jessica Grant, commandante adjointe de la Section des mouvements de l’aérogare Medley.

Tout exercice et déploiement qui exige un déplacement en provenance ou en direction de Cold Lake dépend des TEC MOUV, qui déplacent des gens, des provisions et du matériel par voies aérienne et terrestre. Qu’il s’agisse d’un exercice au pays comme Maple Flag ou d’un exercice nécessitant un déploiement comme Cougar South, les escadrons doivent savoir que leur personnel et leur équipement arriveront à temps et en bon état.

C’est ce à quoi veillent les TEC MOUV.

« On attend de vous que vous soyez au courant des déplacements, de la planification des charges et de tout ce genre de choses, ajoute la sergent Grant. C’est intéressant de voir ce que les gens attendent de nous. »

Tout commence par une instruction de base au groupe professionnel militaire de niveau de qualification 3 (NQ3), au cours de laquelle les militaires se familiarisent avec le matériel de manutention, acquièrent les techniques d’emballage et apprennent à créer un plan de chargement qu’ils doivent soumettre à l’approbation d’un arrimeur d’aéronef spécialisé. Une formation professionnelle plus poussée permet aux TEC MOUV de NQ5 de devenir experts en déplacement de toutes sortes de chargements.

Et la spécialité d’arrimeur, un poste d’équipage aérien, exige encore plus d’expertise. Les arrimeurs sont des TEC MOUV formés à gérer des charges à bord d’avions CC-177 Globemaster, CC-150 Polaris, CC-130 Hercules ou d’hélicoptères CH-147 Chinook.

Les TEC MOUV sont ordinairement à l’œuvre en coulisses, à l’écart des autres activités de la 4e Escadre. Il en est ainsi partiellement parce que la Section des mouvements se trouve dans une zone reculée de l’aérogare Medley. C’est aussi parce que le personnel de la section fait la majeure partie de son travail avant le départ du gros des soldats ou après leur retour à la base.

« Personne ne sait jamais ce que nous faisons, précise la sergent Grant, et c’est très bien comme ça. Nous sommes en quelque sorte oubliés dans notre enclave. Nous faisons notre travail et nous nous occupons de tout ce qui nécessite notre attention. Quand vous venez récupérer votre matériel, tout est là. »

« Bien des fois pendant ma carrière, on m’a dit "je me suis toujours demandé où vous étiez; je me suis toujours demandé ce qu’était exactement votre métier; ça a l’air tellement cool". Notre groupe est constitué, probablement à 50 p. cent, de militaires qui ont changé de spécialité. Beaucoup de gens ne savent pas de quoi il s’agit jusqu’à ce qu’ils soient dans les forces, et alors ils se disent "oh, vous n’êtes pas camionneur! " ou "oh, vous n’êtes pas technicien en approvisionnement". Mais non. Nous avons notre propre groupe professionnel. »

En janvier 2018, les TEC MOUV ont préparé 15 camions de matériel destiné à l’exercice Sandy Fleece, un déploiement du 410e Escadron d’appui tactique au Nouveau-Mexique.

« Nous rassemblons tout l’équipement ici, explique la sergent Grant. Nous mesurons et nous pesons tout et nous attribuons un marché pour les camions. Nous organisons tous les horaires et nous réglons toutes les formalités douanières. Ensuite, nous réservons une période de deux jours que nous consacrons au chargement et à l’envoi des camions à leur destination. »

« On ne charge pas que des avions, ici, et ça étonne beaucoup de gens. »

Le travail d’un TEC MOUV ne se limite pas aux camions et aux avions, non plus. Selon les circonstances, ils peuvent charger et décharger des navires ou des wagons, encore qu’à Cold Lake, ces deux moyens de transport ne se voient pas beaucoup.

« [Les TEC MOUV] travaillent aussi avec la Marine, précise la sergent Grant. Quand nous chargeons un navire, il y a le travail de grues. Nous n’exploitons pas les grues, mais nous les dirigeons. Nous embauchons des entreprises du coin qui offrent ce service et nous veillons à ce que tout soit chargé à bord du navire. »

Dans le même ordre d’idées, les TEC MOUV affectés à un bataillon de service de l’Armée canadienne attribuent un marché à un transporteur ferroviaire lorsqu’un gros déplacement de matériel et d’équipement s’impose. « Le transporteur nous octroie un nombre donné de wagons, dans lesquels nous chargeons les véhicules et le matériel du bataillon et, ensuite, les wagons se rendent à destination. La base où vous vous trouvez et votre rôle déterminent le type de formation et le type de matériel dont vous vous occuperez, et le type d’équipement de manutention que vous utiliserez », ajoute la sergent Grant.

Le transport de marchandises dangereuses constitue un autre important ensemble de compétences que possèdent les TEC MOUV. « Nous faisons beaucoup d’emballage et d’acceptation de chargements dangereux. Nous devons observer les règles et les directives internationales de transport, selon le mode de transport choisi. Il s’agit d’une lourde responsabilité parce que cette tâche est très complexe. »

La demande de telles compétences et connaissances, en plus du grand nombre de gens et de choses qu’on doit déplacer, fait en sorte que la Section des mouvements est loin de manquer de travail. « C’est le chaos, pour tout vous dire. Je ne me rappelle même pas une période qui a été calme pour nous. C’est fou. Nous sommes rentrés de congé le 8 janvier et nous avons reçu notre premier vol de redéploiement de l’opération Reassurance le jour même. Les 8, 9, 12 et 13 janvier, toute cette semaine-là. Et puis la semaine suivante, nous chargions ces quinze camions pour l’exercice suivant. Ça n’arrête tout simplement pas. Et ensuite, nous nous occuperons des exercices Maple Flag et Maple Resolve, et des spectacles aériens… »

La sergent Grant ne se plaint pas de la situation. En fait, elle adore son travail, ça saute aux yeux. Le côté agréable de sa fonction, elle le trouve dans les voyages et dans la possibilité de résoudre des problèmes. Comme les TEC MOUV font ordinairement partie du groupe précurseur des déploiements, et comme ils sont les derniers à partir, ils vivent, dit-elle, l’expérience de l’intégralité de la mission.

« C’est le côté vraiment plaisant de notre travail, parce que nous assistons au déroulement des choses, du début à la fin, et voyons tout ce que ça implique, explique-t-elle. À notre arrivée, nous sommes habituellement seuls ou avec une seule autre personne. Nous ne pouvons donc pas nous en remettre qu’à nous-mêmes pour trouver des manières de faire le travail. J’aime beaucoup cet aspect parce que c’est stimulant d’arriver dans une situation et de voir à ce que tout se fasse. »

La sergent Grant estime que sa participation au secours aux sinistrés après le terrible tremblement de terre de 2010, à Haïti, constitue l’un des hauts points de sa carrière. « Notre point de rassemblement se trouvait en Jamaïque. Nous chargions les provisions d’aide humanitaire à bord de navires parce que, au début, aucune piste d’atterrissage d’Haïti n’était utilisable. Alors, entre la Marine et la Force aérienne et l’Armée, c’était un effort interarmées afin de livrer immédiatement les chargements. Il a fallu que les trois services s’y mettent pour que les choses se fassent. »

« Nous avons travaillé de longues heures, mais pour tout vous dire, personne ne se plaint de ça. Être la première personne sur les lieux, quand il n’y a aucune espèce de soutien logistique, s’installer et voir ses efforts porter des fruits, savoir qu’on a apporté son aide et que les choses sont aussi stables que possible, et ensuite voir tout notre matériel emballé et prêt à partir au moment de quitter le pays, et savoir que nous avons en quelque sorte amélioré le cours des choses, c’est le meilleur aspect de notre métier. »

Et finalement, comment se classe Cold Lake comme affectation pour une TEC MOUV?

« Vraiment très bien, sourit la Sgt Grant. Cold Lake a tout. C’est l’une des quelques bases où nous faisons des déplacements routiers et aériens. La 8e Escadre Trenton, en Ontario, s’occupe évidemment de beaucoup de déplacements aériens, mais pas autant de déplacements terrestres. La base des Forces canadiennes Petawawa, en Ontario, ne fait pour sa part aucun déplacement aérien. Alors, Cold Lake est l’une des quelques bases où un TEC MOUV est exposé à tout l’éventail des services qu’assure notre groupe professionnel. »

Jeff Gaye est rédacteur en chef du « Courier », journal de la base de la 4e Escadre. Il a autorisé la reproduction de l’article ci-dessus.

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