Les premières opérations de la United States Navy à Shearwater

Article de nouvelles / Le 3 avril 2018

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Par le colonel (retraité) Ernie Cable

La 12e Escadre et base des Forces canadiennes Shearwater, en
Nouvelle-Écosse, est maintenant une base de
l’Aviation royale canadienne. Initialement une station aéronavale,
elle célèbre cette année son 100e anniversaire.

Le premier aéronef à s’envoler de Halifax, en Nouvelle-Écosse, était l’un des hydravions biplans Curtiss HS-2L de la United States Navy (USN). La base d’hydravions était en fait établie à Baker's Point, au sud de la ville de Dartmouth, en surplomb du passage de l’est, mais elle était connue comme la station aéronavale des États-Unis à Halifax.

Le lieutenant Richard Evelyn Byrd fils, de la USN, a occupé le premier la fonction de commandant de la station. Il a aussi agi à titre d’agent de liaison entre les gouvernements américain et canadien en ce qui avait trait aux questions de l’aviation maritime. La USN a fait voler six HS-2L à partir de Halifax d’août à novembre 1918 lors de patrouilles anti-sous-marines afin de protéger les convois contre les sous-marins allemands qui rôdaient au large du port stratégique de Halifax.

La USN exploitait également une base d’hydravions à Sydney, en Nouvelle-Écosse, où six HS-2L supplémentaires faisaient des patrouilles anti-sous-marines pour protéger les convois à destination ou en provenance de Halifax. Les HS-2L de Halifax et de Sydney ont effectué près de 400 heures de vol lors de patrouilles, soutenus par plusieurs ballons cerfs-volants également utilisés pour chasser les sous-marins.

On souhaitait que la USN effectue des patrouilles anti-sous-marines aériennes jusqu’à ce que le jeune Service aéronaval de la Marine royale du Canada puisse assumer les fonctions de patrouille aérienne. Toutefois, la Première Guerre mondiale s’étant terminée avant que le Service aéronaval canadien ne devienne opérationnel, celui-ci a alors été dissout. Après la fin de la guerre, en novembre 1918, le lieutenant Byrd est rentré aux États-Unis et la USN a fait don au gouvernement canadien des 12 HS-2L qui se trouvaient à Halifax et à Sydney, ainsi que des pièces de rechange connexes et de l’équipement de manutention au sol. Ces aéronefs ont constitué le noyau de l’Aviation canadienne nouvellement formée en 1920, puis sont devenus les premiers aéronefs de brousse au Canada.

Le lieutenant Byrd est retourné à Halifax le 8 mai 1919, lorsque deux hydravions à coque Curtiss de la United States Navy (NC), le NC-1 et le NC-3, ont atterri à l’ancienne station aéronavale des États-Unis à Halifax, qui relevait alors de la Commission de l’air, lors de leur premier vol historique transatlantique. Trois des quatre hydravions à coque NC construits, à savoir le NC-1, le NC-3 et le NC-4, avaient décollé de la station aéronavale des États-Unis à Rockaway, dans l’État de New York, lors de la première partie de leur vol transatlantique. Toutefois, le NC-4 avait éprouvé des problèmes de moteur, le forçant à atterrir à la station aérienne de Chatham, au Massachusetts. Donc, seuls les NC-1 et NC-3 sont restés pour la nuit du 8 au 9 mai à Halifax, leur premier arrêt planifié, avant de poursuivre jusqu’à leur prochaine escale à Trepassey, à Terre-Neuve.

Le lieutenant Byrd, responsable de projet pour la navigation de l’Équipe transatlantique, était l’un des deux navigateurs à bord du NC-3. Sa tâche consistait à vérifier le rendement des instruments de navigation lors du tronçon Rockaway-Halifax-Trepassey. À sa grande déception, le plan voulait qu’il reste à Trepassey, n’accompagnant pas le NC-3 pendant les portions transatlantiques du vol vers les Açores, Lisbonne, puis l’Angleterre.

Peu de temps après le décollage de Halifax, le 10 mai, l'hélice en bois d'un des aéronefs s’est fissurée, ce qui a forcé l’avion à retourner à Halifax pour la remplacer l'hélice, mais aucun des aéronefs ne transportait de chapeaux de moyeu de rechange. Le lieutenant Byrd a donc mis à profit son affectation antérieure à Halifax. En effet, il se rappelait que lorsqu’il avait remis les 12 HS-2L aux Canadiens, il leur avait également donné des chapeaux de moyeu de rechange. Puisqu’il était parti depuis peu, il avait encore de nombreux amis à Halifax et il a pu faire appel à eux pour obtenir les pièces nécessaires. Réparé rapidement, l’aéronef s’est envolé en direction de Trepassey, n’accusant qu’un léger retard. Par un heureux hasard, la température inclémente à Terre-Neuve y avait retardé les départs, et le NC-4 a pu, après un arrêt intermédiaire à Halifax, rattraper le NC-1 et le NC-3 à Trepassey le 15 mai. Le lendemain, les trois aéronefs quittaient le pays pour se rendre aux Açores.

Puisque l’équipage du NC-4 a eu la chance d’apercevoir la terre par un trou dans la couche nuageuse, lui seul est arrivé à sa destination prévue, l’île de Horta, dans les Açores. Le NC-1 a dû amerrir à cause de la brume, à plusieurs centaines de kilomètres de Horta, et a été détruit par une mer houleuse. L’équipage a reçu le secours d’un contre-torpilleur de la USN auquel on avait donné l’ordre de naviguer dans le secteur. Le NC-3 s’est aussi posé sur l’eau en raison des mauvaises conditions météorologiques qui cachaient les îles montagneuses des Açores et de la crainte parmi l’équipage de frapper les sommets. Comme le NC-1, le NC-3 a fait face à une mer plus houleuse que prévu. Subissant des dommages graves après avoir passé deux journées atroces dans la tempête, l’appareil a été remorqué jusqu’au port de Ponta Delgada sur l’île de San Miguel, dans les Açores.

Seul le NC-4, commandé par le capitaine de corvette Albert Cushing Read, a réussi à poursuivre son voyage pour terminer le premier vol transatlantique de l’Amérique du Nord vers l’Angleterre, arrivant à Plymouth le 31 mai 1919, en passant par les Açores, Lisbonne et Ferrol del Caudillo, en Espagne. Le vol de Rockaway, dans l’État de New York, à Plymouth, en Angleterre, avait pris en tout 57 heures et 16 minutes.

Un duo britannique formé du capitaine John Alcock et du lieutenant Arthur Brown a effectué la première traversée de l’Atlantique sans arrêt de St. John’s, à Terre-Neuve, à Galway, en Irlande, dans un bombardier Vickers Vimy, deux semaines plus tard, les 14 et 15 juin 1919. Les deux militaires ont accompli leur vol en 16 heures et 27 minutes.

Les 20 et 21 mai 1927, Charles Lindbergh a effectué la première traversée de l’Atlantique en solo sans escale de Long Island, dans l’État de New York, à Paris, en France, à bord du « Spirit of St. Louis », un monoplace monomoteur muni d'une seule aile haute construit sur mesure. Il a accompli le vol en 33 heures et 39 minutes.

Le colonel (retraité) Cable est historien au Musée de l’aviation de Shearwater. Il compte 35 années de service dans les Forces armées canadiennes, qu'il a passées surtout à travailler aux opérations de patrouille maritime à bord d’aéronefs Argus et Aurora.Le présent article a paru dans l’édition du 8 janvier 2018 du journal Trident. L’auteur du texte en a autorisé la traduction et la reproduction.

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