Le responsable du jardin de pierres Ad Astra s'éteint

Article de nouvelles / Le 3 mars 2017

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Le colonel (retraité) Cy Yarnell s’est éteint paisiblement au centre de soins de longue durée Hastings Manor de Belleville, en Ontario, pendant sa 97e année, le 25 février 2017. Ses obsèques ont eu lieu aujourd’hui.
Sa femme Phyllis, ses frères et sœurs, ses enfants et finalement
ses petits-enfants et arrière-petits-enfants ont été
au cœur de sa vie en temps de paix.

Par Ruthanne Urquhart

Un jour de l’automne 1940, à Toronto, en Ontario, un jeune homme se tenait devant un bureau de recrutement de la force aérienne, se demandant s’il allait pouvoir devenir mécanicien.

La famille de ce jeune homme de 20 ans originaire de Carlow, dans le sud de l’Irlande, avait émigré à Toronto en 1927 et, à l’entrée en guerre du Canada contre l’Allemagne, en septembre 1939, il s’était joint au Corps royal de l’intendance de l’Armée canadienne.

Mais ses goûts avaient changé depuis. Bien que, de toute son existence, il n’ait vu qu’un ou deux aéronefs et n’en ait jamais touché, il avait décidé de tenter sa chance et s’était rendu au bureau de recrutement.

Après son examen médical, Cyril St. Clair Yarnell, connu de tous sous le surnom de « Cy », a pris le chemin de Victoriaville, au Québec, pour y suivre son instruction élémentaire en pilotage. Là-bas, les stagiaires étaient regroupés selon des courants professionnels : pilotes, navigateurs, mitrailleurs de bord et ainsi de suite. Il s’est retrouvé dans le groupe des pilotes. Après son entraînement à Saint-Eugène, en Ontario, à bord de biplans Fleet Finch, il a décroché son brevet à Aylmer, en Ontario, à bord d’un Harvard.

Et quelque part sur ce chemin, il est tombé amoureux. Avec le vol. On dit que les passions amoureuses du temps de guerre sont les plus fortes, les plus durables de tous. Pour Cy Yarnell, cet amour du temps de guerre n’a jamais failli.

Une joie à piloter

Après l’obtention de son brevet de l’École de formation au pilotage d’Aylmer, Cy Yarnell y a été instructeur pendant environ un an et a ensuite traversé l’Atlantique pour servir en Angleterre, où il a été pilote de Hawker Hurricane et de Supermarine Spitfire.

« Eh bien, le Hurricane avait été le héros de la bataille d’Angleterre et il était plus gros que le Spitfire », a-t-il confié au représentant du Projet Mémoire, une œuvre d’Historica Canada qui donne aux militaires des Forces armées canadiennes et aux anciens combattants la possibilité de faire connaître leurs récits à des Canadiens en direct, en classe et dans des forums communautaires. « Le Hurricane n’était ni aussi rapide, ni aussi manœuvrable que le Spitfire qui était, évidemment, un délice à piloter, car il était d’une manœuvrabilité extraordinaire. Sans compter que vous pouviez reconfigurer vos ailes : vous pouviez utiliser la demi-voilure elliptique standard ou la faire couper et vous retrouver avec un Spitfire à ailes tronquées, qui se prêtait beaucoup mieux aux tonneaux. Ou vous pouviez opter pour des extrémités d’aile pointues, ce qui vous permettait de conserver la maîtrise de l'appareil à des altitudes bien supérieures. »

« Une joie à piloter »

Mais peu importe où son amour allait l’emmener, il n’oublierait jamais ses racines. En Italie, il a été membre du « très réputé, très fier » Escadron no 601 County of London. « Nous étions trois pilotes canadiens. Le commandant de l’escadrille, qui s’était montré assez déraisonnable à cette occasion, nous a donné à comprendre qu’il serait de bon ton que nous retirions notre écusson canadien de notre uniforme, car nous étions désormais de la Royal Air Force. Notre réaction n’a pas exactement été polie. Et il n’en a plus jamais parlé! »

Cy Yarnell a survolé l’Italie et la plage d’Anzio. Il se dit heureux d’avoir servi, mais a parfois connu des moments de pure terreur. « Tous ceux qui prétendent ne pas avoir eu peur de temps à autre sont soit menteurs, soit fous. Chaque fois que je décollais, j’y allais d’une petite prière tandis que j’accélérais sur la piste. Et quand j’atterrissais, j’adressais un petit “merci” à mon créateur. »

Il a également servi en Afrique et a été de quelques missions au-dessus des Pays-Bas, de la Belgique et de l’Allemagne.

Aux derniers jours de la guerre, près de Hambourg, en Allemagne, les gens au pouvoir sont allés jusqu’à « coller des bombes de 250 livres [113,4 kg] sous nos Spitfire et nous ont envoyés, croyez-le ou non, faire des bombardements en piqué dans le canal de Kiel, une idée ridicule. Je ne pense pas que nous ayons touché quoi que ce soit, mais nous avons probablement effrayé un tas de gens, à commencer par nous-mêmes! »

Son escadron était stationné au sud de Hambourg, en mai 1945, quand les Alliés ont déclaré la victoire en Europe. Lui-même et quelques-uns de ses compagnons d’escadron ont visité le camp de concentration de Bergen-Belsen, où l’adolescente néerlandaise Anne Frank, auteure d’un fameux journal de guerre, est morte en détention. Cy Yarnell secoue encore la tête au souvenir de ce camp.

« Mon Dieu, quelle tristesse! Certains des détenus étaient encore là, à se déplacer en chancelant. Les Alliés y avaient emmené des civils allemands de la ville voisine et leur faisaient enterrer les cadavres. Ils se faisaient escorter par des militaires armés. »

Des ailes rajeunies

Cyril St. Clair Yarnell avait le grade de colonel au moment de sa retraite de la Force aérienne du Canada, en 1974.

Tous les ans, en septembre, de 2003 à 2011, il a quitté Belleville pour se rendre à Ottawa afin d'y lire le poème de la Force aérienne High Flight dans le cadre de la cérémonie au cours de laquelle l’Aviation royale canadienne commémore la bataille d’Angleterre. « Je n’aurais manqué ça pour rien au monde », a-t-il déclaré au cours d’une réception tenue après la cérémonie de 2004.

Il était membre de la 418e Escadre Belleville de l’Association de la Force aérienne du Canada et de la filiale 99 (Belleville) de la Légion royale canadienne.

Il a également été membre du conseil d’administration du Musée national de la Force aérienne du Canada, qui se trouve à la 8e Escadre Trenton, en plus d’avoir cofondé le programme des pierres Ad Astra qui, en échange d’un modeste don, installe une pierre commémorative dans les jardins de pierre qui bordent les sentiers du Musée. Les anciens de l’Aviation royale canadienne ou leurs proches peuvent choisir un verset, une citation ou un autre texte à faire graver sur la pierre.

« Le Musée vient de perdre un vrai gentleman », regrette son directeur général, le lieutenant-colonel (retraité) Chris Colton. « La loyauté de Cy envers la Force aérienne et l’humour qu’il ajoutait à toute discussion étaient contagieux. Il était porte-parole d’Ad Astra et son quatrain correspond parfaitement à ce qu’il ressentait tous les jours où il était présent ici, à travailler avec ses tailleurs de pierre, dans le parc. »

Le quatrain Ad Astra du colonel (à la retraite) Yarnell se lit ainsi :

« Qu’on me laisse m’arrêter un moment ici, où les traditions, les souvenirs et les vieux amis de l’aviation consacrent ce lieu béni et où, tous les jours, des ailes plus jeunes traversent, avec grâce et fierté, les cieux qui nous surplombent » [traduction].

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