Le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, une grande réussite

Article de nouvelles / Le 16 décembre 2016

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Des Affaires publiques de l’Aviation royale canadienne

Le 17 décembre 1939, le Canada, l’Australie, la Grande‑Bretagne et la Nouvelle‑Zélande ont signé l’entente qui allait permettre de fournir aux Alliés les équipages entraînés et prêts au combat dont ils avaient besoin pour régner dans le ciel de la Grande-Bretagne, de l’Europe et de l’Afrique du Nord.

 Au cours de la dernière année, l’ARC a célébré les réussites de l’entente, soit le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, ainsi que le 75e anniversaire de l’établissement des escadrons 400 de l’ARC, découlant directement de l’article XV de l’entente.

L’homme

Lorsque la Grande‑Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939, le premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King, se retrouve dans une position délicate. Tandis que les forces terrestres et aériennes nazies balaient l’Europe comme une faucheuse et que les nouvelles relatant les pertes humaines causées par la Grande Guerre touchent le cœur des Canadiens, le premier ministre King promet aux votants qu’il n’y aura pas de conscription pour le service outre‑mer.

La Grande‑Bretagne étant officiellement en guerre, le premier ministre King trouve une solution qui permettra au Canada de contribuer de manière substantielle à l’effort de guerre sans imposer la conscription et, possiblement, sans devoir subir les mêmes pertes humaines que celles encourues durant la Première Guerre mondiale.

Le plan

Le premier ministre conçoit un plan qui permettra au personnel de l’Aviation royale canadienne (ARC) de rester au Canada afin de former des recrues de l’Australie, de la Grande‑Bretagne et de la Nouvelle‑Zélande. Le Canada possède l’espace nécessaire pour accueillir d’innombrables aérodromes et écoles d’entraînement, et la voie du nord entre le Canada et la Grande‑Bretagne facilite le déplacement du personnel et de l’équipement. Le Canada a facilement accès à l’industrie aéronautique prolifique des États‑Unis, pays qui n’entrera en guerre qu’en décembre 1941, et le Canada se trouve à une distance sécuritaire des champs de bataille de l’Europe.

En plus d’éviter la conscription, le plan du premier ministre King permet aux nations du Commonwealth de partout dans le monde de conjuguer leurs efforts pour fournir à la Grande‑Bretagne la main‑d’œuvre et les compétences dont le pays a besoin pour se mesurer à son ennemi sur un pied d’égalité.

L’entente, signée par le Canada, l’Australie, la Grande‑Bretagne et la Nouvelle‑Zélande le 17 décembre 1939, est devenue le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB). Le « Plan », comme on l’appellera plus tard, comprend les coûts assumés par chaque nation, le pourcentage des stagiaires que chaque pays enverrait, le calendrier d’entraînement et le calendrier d’inauguration des aérodromes. Le Canada offrira la majeure partie de l’entraînement, bien que des cours soient aussi donnés sur le territoire des trois pays du Commonwealth signataires de l’entente, ainsi qu’en Rhodésie du Sud (une colonie britannique à l’époque) et en Afrique du Sud (dans le cadre du programme appelé « Joint Air Training Scheme »).

La concrétisation du plan

Partout au Canada, des spécialistes se réunissent, des aérodromes poussent dans les champs de blé, on reconfigure des aérodromes existants et, presque chaque semaine, de nouveaux établissements d’entraînement ouvrent leurs portes.

L’ARC met en œuvre le programme d’entraînement avec l’aide du ministère fédéral des Transports, de la Canadian Flying Clubs Association et de nombreuses entreprises d’aviation commerciale. Même si l’entraînement commence à la fin d’avril 1940, le manque d’aérodromes, d’instructeurs et d’aéronefs ralentit le processus.

Lors de la chute de la France seulement six semaines plus tard, les premières écoles de pilotage de la Royal Air Force (RAF) sont déménagées au Canada. En 1942, après avoir reconduit l’entente et restructuré le plan, les unités britanniques présentes au Canada sont intégrées au sein du PEACB.

La Seconde Guerre mondiale suit de près la Crise de 1929 au Canada, et les avantages économiques du PEACB sont bien accueillis par l’ensemble de la population. Alors que s’amorce la construction des aérodromes et des écoles et que les installations existantes sont modifiées, toutes les personnes, qu’il s’agisse de travailleurs ou de marchands, et chaque maillon des économies locales, allant des propriétaires aux entreprises de services publics, commencent à penser à ce qu’ils feront de l’argent qui sera bientôt généré. Tout le monde est ravi de participer à l’effort de guerre des Alliés et heureux de voir la Crise devenir chose du passé.

Du jour au lendemain, le Canada développe une industrie aéronautique prospère en construisant les milliers d’aéronefs requis pour former les équipages. Dans les usines de la Nouvelle‑Écosse et de l’Ontario seulement, 1 832 aéronefs bimoteurs Avro Anson Mark II sont construits durant la guerre.

Entraînement dans le cadre du PEACB

Les recrues commencent leur carrière dans l’aviation par une affectation de quatre semaines au dépôt des effectifs où elles apprennent les rudiments de la vie militaire. De là, elles entrent dans une école préparatoire d’aviation pour étudier, entre autres, les mathématiques, la navigation et l’aérodynamique. Leurs résultats déterminent leur prochaine affectation, certains des stagiaires étant considérés comme aptes à un entraînement en vol, d’autres pour la navigation ou encore pour la 1re École de radio-navigants.

 

Nationalité des diplômés du PEACB (1940‑1945)Nombre de diplômés

Aviation royale canadienne

72 835
Royal Australian Air Force (RAAF) 9,606

Royal Air Force (RAF), y compris :

Belges et Hollandais (800)
Forces françaises libres
(2 600)
Norvégiens (677)
Polonais (448)
Tchèques (900)

42,110
Royal New Zealand Air Force (RNZAF) 7,002
Membres de la flotte aéronavale 5,296

 

Le programme exhaustif du PEACB et le calendrier intensif des cours et de l’entraînement en vol préparent des membres d’équipage à partir en mission outre‑mer. L’entraînement élémentaire dure huit semaines et comporte au moins 50 heures de vol, habituellement à bord des Havilland Tiger Moth, Finch Fleet et Cornell Fairfield.

Les stagiaires ayant obtenu le plus de succès se dirigent ensuite vers les écoles de pilotage militaires pour y suivre un entraînement de niveau avancé. Les cours durent entre 10 et 16 semaines, selon l’entraînement. Les futurs pilotes de chasse s’entraînent à bord de l’appareil monomoteur Harvard fabriqué en Amérique du Nord; les aspirants pilotes de bombardiers et ceux destinés aux opérations côtières et au transport sont formés à bord d’aéronefs bimoteurs comme le Avro Anson, le Cessna Crane ou le Airspeed Oxford.

Des écoles spécialisées assurent un entraînement axé sur chacun des huit métiers composant un équipage – le bombardier-navigateur, le radio-navigant, le navigateur, le bombardier, le radio‑
mitrailleur, le tireur, le mitrailleur de l’aéronavale et le mécanicien de bord.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, 131 553 membres du personnel rattachés aux forces aériennes du Canada, de l’Australie, de la Grande‑
Bretagne et de la Nouvelle‑Zélande auront reçu un diplôme grâce au PEACB.

Catégories du personnel navigant diplômé
(1940-1945)

 ARCRAAFRAFRNZAFTotal
Pilote 25,747 4,045 17,796 2,220 49,808
Bomb.-nav. 5,154 699 3,113 829 9,795
Radio-nav. 421 0 3,847 30 4,298
Navig. 7,280 944 6,922 724 15,870
Bomb. 6,659 799 7,581 634 15,673
Radio-mitr. 12,744 2,875 755 2,122 18,496
Tireur 12,917 244 1,392 443 14,996
Mitr. aéronaval 0 0 704 0 704
Méc. de bord 1,913 0 0 0 1,913

 

 

Légende 
Bomb.-nav. Bombardier-navigateur
Radio-nav. Radio-navigant
Navig. Navigateur
Bomb. Bombardier
Radio-mitr. Radio-mitrailleur
Tireur Tireur
Mitr. aéronaval Mitrailleur aéronaval
Méc. de bord Mécanicien de bord

 

En tout, 231 sites répartis au Canada abriteront 107 écoles et 184 unités de soutien. L’effectif navigant s’élevait à 10 906 hommes et femmes tandis que l’organisation au sol en comptait 104 113.

Lorsque le PEACB prend fin le 31 mars 1945, le Canada, l’Australie, la Grande‑Bretagne et la Nouvelle‑Zélande ont investi 2,2 milliards de dollars dans le plan d’entraînement, dont 1,6 milliard de dollars qui était la part du Canada. Après la guerre, le gouvernement canadien a calculé que la Grande‑Bretagne devait au Canada plus de 425 millions de dollars pour avoir vu au fonctionnement des écoles britanniques transférées au Canada et pour l’achat d’aéronefs et d’autres pièces d’équipement lorsque la Grande‑Bretagne ne pouvait pas fournir les quantités requises. En mars 1946, le gouvernement canadien a annulé la dette et absorbé le coût.

Le PEACB a possiblement été l’effort interarmées le plus fructueux jamais entrepris pour gagner une guerre. Il a permis de regrouper des stagiaires de partout dans le monde et de les transformer en membres d’équipage navigant et terrestre dont les contributions à la victoire ultime des Alliés en Europe ont été extrêmement précieuses. Le plan a donné au Canada un nouvel élan après la Crise de 1929 et a confirmé la valeur de l’entraînement et des capacités de l’ARC aux yeux du monde entier.

 

« Aérodrome de la démocratie »

Le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique connaît un tel succès et suscite une telle admiration dans le monde que le président américain Franklin Roosevelt surnomme le Canada « l’aérodrome de la démocratie ».

L’expression est venue du président Roosevelt et figure dans une lettre de félicitations adressée en 1943 au premier ministre William Lyon Mackenzie King.

Cependant, elle a été inventée par Lester « Mike » Pearson, le futur premier ministre du Canada, qui a prêté sa plume à Roosevelt à ce moment‑là. M. Pearson est alors en poste à l’ambassade du Canada à Washington.

  

Sergents d’aviation ou sous‑lieutenants d’aviation?

Contrairement à ce qui était le cas en temps de paix, quand les nouveaux pilotes militaires recevaient leur brevet de sous‑lieutenant d’aviation à titre provisoire, tous les membres de l’ARC commençaient leur entraînement au grade d’aviateur de 1re classe, peu importe leur fonction. Quand les pilotes terminaient leur entraînement dans les écoles de pilotage militaires, ils atteignaient le grade de sergent.

Puis, les choses se compliquent…

L’entente initiale sur le PEACB ne parlait aucunement des commissions. En juillet 1940, la RAF annonce que 33 pour cent des pilotes et des observateurs recevront une commission lorsqu’ils seront diplômés. Par ailleurs, 17 pour cent en obtiendront une plus tard et seront choisis parmi ceux qui se seront « distingués » et auront manifesté un souci du devoir et des aptitudes sur le plan opérationnel. Il n’existera aucune disposition sur l’attribution de commissions aux radio‑mitrailleurs jusqu’en 1941.

En 1942, année où l’entente doit être renouvelée, le Canada durcit le ton et adopte sa propre politique. Les pilotes, les observateurs, les navigateurs et les bombardiers jugés satisfaisants et faisant l’objet d’une recommandation recevront une commission, mais le quota existant concernant les mitrailleurs et les radio‑mitrailleurs (20 pour cent des diplômés) demeure le même qu’avant.

 Inutile de dire que cela cause des déceptions, car il existe maintenant deux régimes d’attribution des commissions dans le PEACB : un pour les Canadiens et un autre pour les stagiaires de tous les autres pays du Commonwealth. En fait, il arrive que des Canadiens terminent leur entraînement à un rang inférieur et obtiennent malgré tout une commission d’officier, tandis que des aviateurs britanniques, qui finissent leur entraînement aux premiers rangs de leur classe ou presque restent sous‑officiers.

 

 

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