Le parcours d’un pilote de chasseur à réaction

Article de nouvelles / Le 27 janvier 2017

Cliquez sur la photo sous la rubrique « Galerie d'images » pour voir d'autres photos.

Par Chris Thatcher

Demandez au capitaine Thegne Rathbone de vous parler de son rêve de devenir pilote de chasse, et vous sentirez aussitôt toute sa passion. Tout d’abord, il garde le sourire : « J’y suis presque », dit-il. « Encore huit mois d’entraînement, et je pourrai dire que je suis vraiment pilote de chasse. »

Assis dans une petite salle de conférence au 419e Escadron d’entraînement à l’appui tactique, le capitaine Rathbone n’aurait qu’une courte marche à faire pour traverser la piste d’atterrissage afin de se rendre aux bâtiments du 410e Escadron d’entraînement opérationnel à l’appui tactique, à la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta, lieu de la première étape de l’entraînement portant sur le CF-188 Hornet et du dernier stade d’un long, mais enrichissant processus d’entraînement précédant l’affectation dans un escadron opérationnel de chasse.

« Le F-18 dispose de deux réacteurs à postcombustion, en plus de pouvoir larguer des bombes et lancer des missiles. Quoi d’autre voulez-vous donner à un homme de 25 ans pour qu’il s’amuse? » dit le capitaine Rathbone en ouvrant son carnet de vol pour que nous jetions un rapide coup d’œil au cheminement qui l’a mené à devenir pilote de chasseur à réaction.

Qu’est-ce qui inspire les jeunes à devenir pilotes? Un film? Un proche? Ou tout simplement une fascination pour le vol qui s’est manifestée tôt dans leur vie? Peu importe ce qui les incite à désirer vivement éprouver les sensations que procure le vol, il s’agit d’une attirance qui, pour eux, devient souvent irrésistible.

Cependant, toute personne qui veut devenir pilote de chasse dans l’Aviation royale canadienne doit s'armer de patience.

Le capitaine Rathbone est arrivé à cette étape après avoir passé huit ans dans l’ARC, à peu près aussi vite que n’importe quel candidat pilote aurait pu le faire. Néanmoins, ce processus d’entraînement reste le plus long et le plus difficile de tous les programmes d’entraînement au pilotage : il compte plus de 400 heures de vol et au moins 180 heures dans un simulateur.

Avant l’automne de 2015, le capitaine Rathbone avait franchi les quatre étapes du programme d’instruction en ne s’accordant que des pauses de quelques jours ou semaines entre elles. Toutefois, comme les opérations en Iraq et en Syrie nécessitaient la participation de nombreux pilotes-instructeurs de CF-188 et réduisaient le nombre d’appareils accessibles aux stagiaires, et en raison des changements apportés à l’effectif du 409e Escadron qui a été divisé en deux pour permettre la reconstitution du 401e Escadron d’appui tactique, le capitaine Rathbone a dû patienter.

Le capitaine Rathbone avoue être un maniaque du vol qui profite de chaque occasion pour monter à bord d'un avion, même dans le siège arrière; c’est ainsi qu’il a d’ailleurs continué à acquérir autant de connaissances que possible auprès des pilotes-instructeurs vétérans du 419e Escadron, en attendant d’entreprendre son instruction à bord du CF-188.

C’est un moment qu’il attend impatiemment, bien entendu. Depuis son tout jeune âge, il rêve de devenir pilote. Il s’est enrôlé dans les Forces armées canadiennes en juillet 2008, à l’âge de 18 ans; au cours des quatre années suivantes, il a effectué l’entraînement de base et a obtenu un baccalauréat en génie aéronautique au Collège militaire royal, à Kingston, en Ontario.

Ensuite, il s’est rendu à la 3e École de pilotage des Forces canadiennes, à Portage la Prairie, au Manitoba, pour y franchir la première étape de l’entraînement des pilotes. Il a effectué son vol préliminaire à l’automne de 2012 à bord d’un Grob 120‑A, un avion-école élémentaire utilisé par l’entreprise Allied Wings dans le cadre du programme du Forfait d’entraînement au vol et de soutien. En trois mois, il a enregistré 16,8 heures à bord du petit appareil à hélice, soit plus que les 12 heures exigées pour réussir le programme, en faisant des vols supplémentaires toutes les fois que la météo retardait l’entraînement.

En janvier 2013, le capitaine Rathbone s’est rendu à la 2e École de pilotage des Forces canadiennes, à Moose Jaw, en Saskatchewan, pour y entreprendre la deuxième étape, soit le programme d’entraînement en vol de l’OTAN au Canada (NFTC) : il s’agit d’un programme composé de trois volets au début duquel on sépare les pilotes de chasse des pilotes d’avions multimoteurs et d’hélicoptères. Beaucoup arrivent là en espérant pouvoir piloter un type particulier d’appareil, mais quelques mois plus tard, il s'avère qu’ils sont plutôt destinés à un autre type d’aéronef, dit le capitaine Rathbone.

Les sensations que le capitaine Rathbone a vécues pendant son vol solitaire de vérification d’aptitude professionnelle à bord d’un avion à turbopropulseur CT-156 Harvard II consituent un moment mémorable.

« On m’a mis aux commandes d’un avion de haute voltige de 1 100 chevaux », dit-il, étonné d’avoir volé en solo après tout juste 34 heures de vol à bord d’un appareil militaire. « Voilà qui fait circuler l’adrénaline! »

Le cours compte 70 heures de vol, dont une quarantaine dans un simulateur. Il comprend quatre parties : le vol à vue, ou l’apprentissage des manœuvres de base, le vol aux instruments, la navigation à basse altitude, qui consiste à maintenir une vitesse de 444 kilomètres à l’heure à 61 mètres d’altitude, et le vol en formation. « Au début, c’est angoissant de voler aussi près d’autres avions, dit-il, mais c’est très valorisant, une fois qu’on s’y fait. »

Ayant effectué 97 heures de vol, le capitaine Rathbone a eu l’occasion de suivre le programme de formation au pilotage d’avions de chasse à réaction; quelques semaines plus tard, en septembre 2013, il a amorcé la troisième étape (deuxième étape du NFTC).

Le cours de quatre mois, qui compte 80 heures de vol (plus 17 dans un simulateur), toujours à bord d’un CT-156 Harvard II à la 15e Escadre Moose Jaw, suit un programme semblable, mais plus avancé que celui de la deuxième étape; il vise à initier le stagiaire aux missions de soutien mixtes qui intègrent les aspects particuliers du cours précédent dans un seul vol.

Le 20 janvier 2014, date dont il se souvient avec fierté, le capitaine Rathbone a reçu son brevet de pilote. Quinze mois à peine s’étaient écoulés depuis le début de son entraînement de pilote, mais il avait accumulé 178 heures de vol à bord d’avions militaires et il avait hâte d’en faire encore davantage.

Quelques semaines plus tard, il montait à bord d’un CT-155 Hawk. Le cours de transition de trois mois à Moose Jaw sert à former les stagiaires au pilotage d’un avion à réaction avant qu’ils se rendent à la 4e Escadre pour entreprendre la quatrième étape, soit le programme d’entraînement initial des pilotes de chasse (EIPC), au 419e Escadron.

« Vous exécutez les mêmes manœuvres de base qu’au cours de la deuxième étape, mais aux commandes d’un avion à réaction, et vous êtes censé apprendre beaucoup plus rapidement, affirme le capitaine Rathbone. C’était la première fois que je pilotais un avion à réaction, et l’expérience s’est révélée agréable. » Ayant enregistré 247 heures de vol, dont 55 aux commandes d’un appareil Hawk, l’aviateur a entrepris, selon lui, le meilleur cours qu’il ait suivi et l’une des périodes les plus exaltantes de sa vie.

La quatrième étape, un cours de cinq mois beaucoup plus difficile à tous les égards pour les pilotes, s’est peu à peu étirée sur dix mois, le temps ayant compliqué les choses pendant la majeure partie des mois de décembre, de janvier et de février. Mais, en mai 2015, le capitaine Rathbone avait accumulé les heures de vol nécessaires (94 heures dans son cas, dont 32 dans un simulateur) pour terminer le cours avec succès.

Il avait alors accumulé 347 heures et avait bien hâte de piloter un CF-188 Hornet, mais le 410e Escadron n’était pas prêt à l’accueillir.

Pendant qu’il attendait, il a pris les dispositions nécessaires afin de participer à des vols d’entraînement et il a compté parmi les premiers stagiaires à suivre le cours de recyclage tactique, nouveau programme conçu pour aider les futurs pilotes de chasse à conserver leurs compétences relatives aux procédures tactiques. « Il s’agissait de missions qu’on n'évaluait pas; on vous traitait alors plus comme un pilote adulte, et moins comme un stagiaire, explique le capitaine. C’était à vous de prendre les décisions dans les airs. J’ai beaucoup appris pendant ce cours. »

Si le capitaine Rathbone a trouvé le simulateur utile, il précise néanmoins sans tarder que, « même s’il s’agit d’un merveilleux outil, il ne remplacera jamais le temps effectivement passé aux commandes d’un avion dans le ciel ».

Le programme d’entraînement des pilotes, et surtout l’EIPC, vise à inculquer les aptitudes de base aux pilotes de chasse et à parfaire leurs compétences essentielles comme la connaissance de la situation et la prise de décisions dans des milieux dynamiques. Le capitaine Rathbone croit que le programme l’a bien préparé. Le programme d’entraînement au 410e Escadron comportera sans doute 60 autres heures de vol, mais ce sera la récompense suprême.

« Je me sens prêt à me joindre au 410e Escadron, dit le capitaine Rathbone. On se sent toujours un peu fébrile et nerveux quand on monte à bord d’un nouvel aéronef. Beaucoup de journées ont été longues, mais elles m’ont bien préparé à la prochaine étape. C’est une expérience valorisante à tous les égards. »

Note de la rédaction : Depuis la rédaction du présent article, le capitaine Rathbone a réussi son cours et fait maintenant partie du 401e Escadron d’appui tactique, à Cold Lake.

Chris Thatcher est rédacteur-pigiste spécialiste des questions de défense, de sécurité et de technologies. L’article ci-dessus a d’abord paru dans l’édition de septembre-octobre 2016 de la revue Skies. L'auteur de l'article et l’éditeur de la revue ont autorisé la traduction et la reproduction du texte.

Date de modification :