Le lieutenant-colonel d’aviation Barker continue d’inspirer les dirigeants de l’ARC d’aujourd’hui

Article de nouvelles / Le 25 avril 2018

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L’École d’études aérospatiales des Forces canadiennes a récemment été rebaptisée en l’honneur du héros de guerre le plus décoré du Commonwealth britannique, le lieutenant-colonel d’aviation William George Barker. Dans le discours suivant, donné lors de la cérémonie de changement de nom,qui s’est tenue le 12 avril 2018, le commandant de l’école décrit l’héritage durable du lieutenant-colonel d’aviation Barker et des parallèles solides à faire entre cet as de la Première Guerre mondiale et l’école moderne de l’ARC qui est maintenant nommée en son honneur.

Par le lieutenant-colonel William Snyder

Je suis honoré d’être ici aujourd’hui à l’occasion du changement de nom de l’École d’études aérospatiales des Forces canadiennes (EEAFC). Sous la direction du lieutenant-général Hood, l’Aviation royale canadienne a fait de grands pas afin de renouer avec ses liens historiques. Une façon importante de faire ceci est de veiller à saluer nos innovateurs et nos dirigeants du passé.

Sans aucun doute, le lieutenant-colonel d’aviation William G. Barker, qui a obtenu la Croix de Victoria, se démarque de ce groupe.

Nous sommes honorés par la présence des trois petits-fils du lieutenant-colonel d’aviation Barker, Ian, Alec et David Mackenzie, à la cérémonie d’aujourd’hui. Nous vous remercions d’être ici et de tous les efforts que vous avez déployés afin de vous assurer que la mémoire de votre grand-père est préservée. Je peux vous garantir que les membres de mon état-major se réjouissent à l’idée de devenir les premiers instructeurs au Collège de l’aérospatiale Lcol William G. Barker VC de l’ARC et nous continuerons fièrement à faire en sorte que son nom et son histoire ne soient pas oubliés.

Je voudrais répondre à l'une des premières questions qu’on m’a posées après qu’on a annoncé que l’EEAFC serait rebaptisée le Collège Barker de l’ARC. Pourquoi Barker? Il était un as de l’aviation de la Première Guerre mondiale. Qu’a-t-il à voir avec une école qui enseigne le perfectionnement des officiers, la guerre électronique, les opérations spatiales et autres cours techniques?

Au départ, je ne savais pas trop comment faire le lien entre ce qu’un pilote de la Première Guerre mondiale avait fait en volant dans de petits biplans seulement 15 ans après le premier vol du Kittyhawk et une école technique 100 ans plus tard. J’ai commencé à faire des recherches sur Barker et à lire sa biographie complète, « Barker VC », écrite par Wayne Ralph qui est également présent aujourd’hui. Son excellente explication des exploits de Barker au cours de la Première Guerre mondiale et après la guerre a aidé à solidifier mon point de vue sur la pertinence de ce changement de nom.

Il n’y a aucun doute que Barker était un innovateur. Ayant grandi sur une ferme près de Dauphin, au Manitoba, il était plutôt à l’aise avec ses mains et aimait bien jouer au mécanicien, ce qui est devenu évident lorsqu’il a commencé sa carrière de pilote. Contrairement à certains pilotes, qui avaient tendance à regarder de haut l’équipe au sol, Barker travaillait en étroite collaboration avec les mécaniciens, salissant ses mains alors qu’il participait à la modification de son avion. Barker a presque exclusivement piloté un seul Sopwith Camel pendant la guerre : le numéro d’aéronef B6313.

À la fin de la guerre, cet avion avait fait l'objet de modifications considérables. Le moteur avait été amélioré, menant d’autres pilotes à remarquer que l’avion de Barker était toujours le plus rapide pendant les combats. Il a aussi travaillé sur des modifications afin de le rendre plus maniable et a coupé une partie du centre de l’aile supérieure afin d’améliorer ses lignes de visée au combat.

Ce n’était pas le seul avion qu’il a modifié. À l’automne 1918 [il a modifié un avion] pour appuyer le largage d’un soldat italien derrière les lignes ennemies. Le parachutage de personnel n’était pas habituel et Barker s’est immédiatement mis au travail avec un groupe de mécaniciens afin de modifier le bombardier SP4 italien en coupant un trou avec une trappe dans le bas du fuselage. L’ouverture de cette trappe au bon moment permettait de larguer avec précision le soldat, sans le blesser dans le processus. La mission a été un franc succès et Barker a été récompensé par la Médaille d’argent italienne pour cette raison.

Voilà qui rappelle étrangement les types de compétences enseignées au Collège Barker de l’ARC pendant le cours d’essai technique et évaluation et le programme d’études aérospatiales. Ces cours visent à permettre aux officiers et aux militaires du rang actuels de l’ARC de déterminer les lacunes de l’équipement et de trouver les améliorations qui s'imposent. Ils apprennent comment organiser et gérer un projet à l’appui de l’achat ou de la conception d’équipement afin de corriger la lacune. Finalement, ils apprennent les procédures nécessaires pour modifier l’avion et le mettre à l’essai adéquatement pour la mise en œuvre finale de la solution.

Au cours de la Première Guerre mondiale, l’avion était un nouvel ajout sur le champ de bataille et a d’abord été utilisé par l’armée pour l’observation au sol. D’autres utilisations de cette nouvelle technologie ont été découvertes au cours de la guerre. Le lieutenant-colonel d’aviation Barker, ainsi que d’autres pilotes dans les deux camps, a joué un rôle déterminant dans l’élaboration de la nouvelle doctrine.

Barker a participé au processus sans tarder alors qu’il était d’abord employé comme observateur à l’arrière de l’avion, responsable d’identifier les cibles et d’appeler l’artillerie pour les frapper. C’était un travail dangereux puisque les Allemands utilisaient avec efficacité des tirs antiaériens pour dissuader ou abattre les avions observateurs avant qu’ils ne puissent diriger l’artillerie. Barker a élaboré un processus où il appelait l’artillerie pour supprimer les tirs antiaériens ennemis, permettant à son pilote et lui d’identifier les cibles derrière les lignes ennemies avant d’appeler pour frapper ces cibles. Une fois qu’il est devenu un pilote éclaireur lui-même, Barker a continué d’élaborer les tactiques et la doctrine, comme toujours se tourner vers son ennemi, utiliser le soleil ou les nuages pour se dissimuler et utiliser les ailiers et les formations pour se soutenir mutuellement et se protéger lors d’une attaque. Ces fondements des manœuvres élémentaires au combat sont encore utilisés aujourd’hui.

Je peux faire le lien entre ceci et le programme actuel du cours de perfectionnement des officiers de la Force aérienne au Collège Barker de l’ARC. Au cours de ce programme, on présente la doctrine de la force aérienne aux officiers subalternes de l’ARC. Une fois qu’ils obtiennent une compréhension rudimentaire de la doctrine actuelle, on leur met au défi de penser aux futurs développements au niveau de la technologie et des tactiques, et de déterminer comment cela mènera ultimement à des changements. De cette façon, nous poursuivons le travail commencé par le lieutenant-colonel d’aviation Barker et d’autres pendant la Première Guerre mondiale, s’assurant ainsi que l’ARC de demain est prête à affronter les nouvelles difficultés et menaces.

Le parallèle qui est probablement le plus difficile à établir entre le lieutenant-colonel d’aviation Barker et le collège actuel est dans le domaine du leadership. Tous ceux qui en connaissent un peu à propos de Barker savent, pour dire les choses modérément, qu’il était une sorte de non-conformiste.

La démonstration la plus connue de cela était probablement au cours de l’événement au Piccadilly Circus, où il a piloté un Sopwith Pup à basse altitude au-dessus du War Office dans le centre-ville de Londres, paralysant la circulation et apeurant les gens dans les rues. Barker ne prêtait peut-être pas beaucoup d’attention aux officiers d’état-major et à leurs règles, mais lorsqu’il en venait au leadership sur le terrain, Barker était sans pareil. D’autres pilotes se réjouissaient de la possibilité d’être affectés à un vol mené par Barker. C’était devenu en quelque sorte une marque d’honneur de pouvoir dire que tu avais volé avec Barker. Barker savait prendre soin de ses ailiers, s’assurant qu’ils connaissaient bien les tactiques afin qu’ils puissent, eux aussi, améliorer leurs compétences et devenir des combattants encore plus meurtriers. En fin de compte, aucun ailier de Barker n’est mort alors qu’il volait avec lui et aucun des avions qu’il escortait n’a été abattu. Barker a reçu sa Croix de Guerre de la France en 1918 en raison du leadership exceptionnel dont il a fait preuve.

Après la guerre, le lieutenant-colonel d’aviation Barker a été nommé commandant de Borden [en Ontario], la plus grande base aérienne au Canada. Son travail acharné et son leadership ont joué un rôle déterminant dans la formation de la nouvelle Force aérienne canadienne et lui ont permis d'accéder au poste de premier « directeur » de l’ARC nouvellement formée le 1er avril 1924.

Par l’entremise du programme de Perfectionnement des officiers de la Force aérienne, le Collège Barker de l’ARC facilite la préparation des officiers subalternes pour les défis du commandement et du leadership à titre d’officiers supérieurs. Bien que l’ARC actuelle ne soutienne pas le style non-conformiste de Barker, elle ne peut pas oublier le fait qu’il était un chef inspirant pour ses subordonnés. Le dévouement, l’énergie et la ténacité de Baker sont des traits de caractère admirables que nous devons inculquer à nos futurs dirigeants de l’ARC.

Voilà quelques exemples de la manière dont je peux faire le lien entre le lieutenant-colonel d’aviation Barker et le Collège Barker de l’ARC; il y en a beaucoup plus. Nous pouvons garantir que l’influence du lieutenant-colonel d’aviation Barker sur l’ARC se poursuivra, appuyée par l’association de son nom à une unité novatrice et avant-gardiste dotée du meilleur personnel de l’ARC.

Je suis fier d’être le premier commandant du Collège de l’aérospatiale Lcol William G. Barker VC de l’ARC. Je sais que je parle au nom de tout mon état-major ici aujourd’hui lorsque je dis que nous poursuivrons l’héritage de ce grand pionnier manitobain, canadien et de l’ARC.

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