Le 430e Escadron tactique d'hélicoptères : fierté et engagement

Article de nouvelles / Le 27 août 2019

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Par Lisa Gordon

Lorsque les gens sont affectés au 430e Escadron tactique d’hélicoptères à Valcartier, au Québec, ils ne veulent presque jamais partir. C’est parce que le personnel de l’escadron, l’une des deux seules unités francophones de l’aviation tactique de l’Aviation royale du Canada (ARC), compte de nombreux militaires du Québec. Pour eux, c’est chez eux.

Et, comme tout le monde le sait, il est assez inhabituel que des militaires soient affectés à un endroit près de chez eux.

« Il s’agit généralement d’une unité très cohésive et très serrée », dit le lieutenant-colonel Mike Babin, commandant du 430e Escadron. « Ils sont de là-bas, ils ne veulent jamais partir. Il est courant de trouver des gens qui y ont servi un total de 15 ou 20 ans, ce qui est assez rare dans le monde militaire. »

Le lieutenant-colonel Babin lui-même en est un bon exemple. Originaire de Val-d’Or, il en est à sa troisième affectation à l’escadron de Valcartier.

Il y a toutefois un autre facteur que celui de la langue qui contribue à différencier le 430e Escadron, et il s’agit de la force de ses réservistes.

« C’est avantageux pour tous; nous gardons nos réservistes longtemps pour la même raison, c’est-à-dire qu’ils ne veulent pas déménager », ajoute-t-il. « Certains font même des demandes d’exemption pour servir au-delà de l’âge de la retraite obligatoire [60 ans]. »

À l’heure actuelle, parmi les quelque 53 postes de pilote de l’escadron, sept sont occupés par des réservistes.

Relevant de la 1re Escadre Kingston, en Ontario, qui administre l’aviation tactique, le 430e Escadron compte environ 290 personnes et vole à bord d’hélicoptères CH-146 Griffon. Le lieutenant-colonel Babin affirme que, en général, l’escadron dispose d’environ 15 aéronefs, bien que ce nombre varie.

« Notre travail consiste à soutenir l’armée. L’escadron maintient un rythme opérationnel très élevé. Nous sommes constamment déployés quelque part en tant qu’unité ou en détachements plus petits. »

L’an dernier, le 430e Escadron s’est rendu dans le nord de l’Iraq pour participer à l’opération Impact. En janvier 2019, l’unité a également été déployée au Mali dans le cadre de l’opération Presence, où le contingent canadien demeurera jusqu’à la fin août.

Un passé glorieux

En 2018, le 430e Escadron a célébré son 75e anniversaire.

Plusieurs moments marquants ont eu lieu pendant l’année, dont un défilé dans les rues de Québec le 14 septembre 2018, lors de la traditionnelle cérémonie du droit de cité, qui s’est tenue à l’hôtel de ville. Le lendemain, près de 450 personnes ont assisté au bal du 75e anniversaire de l’escadron à l’Hôtel Le Concorde.

Un Griffon peint de couleurs spéciales et dont le côté était orné d'un faucon qui représentait l’emblème de l’escadron, le faucon gerfaut, a fait de nombreuses apparitions au cours de l’année, notamment au Royal International Air Tattoo en 2018, au Royaume-Uni.

De plus, après plus de deux ans de recherche et de rédaction, l’auteur canadien Marc-André Valiquette a publié un livre intitulé Swiftly & Surely : 430 Silver Falcon Squadron History, qui célèbre l’unité en mots et en photos.

Créé le 1er janvier 1943 en tant qu’escadron de coopération avec l’armée en Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale, le 430e Escadron devient le 430e Escadron de chasseurs de reconnaissance le mois de juin suivant.

De 1943 à 1945, son personnel pilote des aéronefs P-40 Tomahawk, P-51 Mustang I et Spitfire XIV. En 1944, ses militaires prennent part aux préparatifs du débarquement en Normandie en effectuant de la reconnaissance photographique, puis en soutenant la 2nd British Army lors du jour J.

Le 430e Escadron, dissous en Allemagne en 1945, renaît à North Bay, en Ontario, en 1951. L’unité, équipée d’aéronefs F-86 Sabre, est envoyée en France et y reste jusqu’à sa dissolution, le 1er juin 1963.

Deux mois plus tard, elle renaît de nouveau, cette fois équipée de CF-104 Starfighter, en tant que 430e Escadron d’attaque en Allemagne jusqu’en 1970, année où elle est dissoute pour la troisième fois.

Le 1er janvier 1971, l’escadron renaît encore une fois en tant que 430e Escadron tactique d’hélicoptères à Valcartier. Ses militaires pilotent des hélicoptères CH-135 Twin Huey et CH-136 Kiowa jusqu’en 1995, lorsque l’escadron obtient sa flotte actuelle d’hélicoptères CH-146 Griffon.

Un escadron occupé

Depuis son retour au 430e Escadron en tant que commandant il y a presque deux ans, le lieutenant-colonel Babin affirme que le rythme opérationnel a été très élevé. « Je n’ai jamais vu tout l’escadron réuni depuis mon arrivée, dit-il. Les gens sont constamment déployés. »

En plus des déploiements en Iraq et au Mali, le 430e Escadron a également travaillé fort au pays.

Plus récemment, soit en mars dernier, il a affecté deux hélicoptères à la récupération d’un CC-138 Twin Otter du 440e Escadron de transport de l’ARC, endommagé lors d’un atterrissage difficile sur la glace de mer au nord d’Inuvik. Puis, lors des inondations printanières en Ontario, deux Griffon du 430e Escadron se sont rendus à Borden, en Ontario, pour appuyer les mesures de secours de l’Armée canadienne.

Le lieutenant-colonel Babin mentionne que l’escadron est toujours prêt à effectuer une intervention régionale au besoin.

« Nous sommes certainement très occupés, parce que soit nos militaires reviennent tout juste d’un déploiement, soit ils participent à un déploiement, soit ils s’apprêtent à partir en déploiement, dit le lieutenant-colonel Babin. Aucun membre du personnel du 430e Escadron ne peut dire qu’il ne sent pas le rythme opérationnel. L’escadron ne dispose que d’un petit pourcentage de ses effectifs. Mais le rythme est bon, c’est sain. Je ne dirais pas que nous sommes débordés, mais nous sommes certainement à plein rendement. Le moral est bon, et les gens sont heureux. »

Un rythme opérationnel élevé pourrait engendrer des difficultés lorsqu’il s’ajoute aux pénuries actuelles de personnel dans les Forces armées canadiennes, mais le lieutenant-colonel Babin mentionne que le 430e Escadron a la chance d’être un peu différent.

« Nous sommes touchés un peu différemment des autres escadrons en matière d’emplacement géographique et de démographie des pilotes, explique-t-il. Au 430e Escadron en particulier, nous nous en sortons plutôt bien. L’une des raisons est que nous sommes dans une région géographique attrayante. Les gens ont tendance à être heureux ici. Cependant, nous avons vu notre effectif de réservistes décliner lentement. »

Le lieutenant-colonel Babin souligne également que la Force aérienne s’efforce de lutter contre la pénurie générale de main-d’œuvre de plusieurs façons. « Ça va se stabiliser. Il nous reste à trouver de nombreuses solutions, pas une seule solution miracle. Nous devrons nous montrer créatifs et trouver ce qui fonctionne. »

Le 430e Escadron au Mali

En mars 2018, le gouvernement canadien a annoncé qu’il allait déployer une force opérationnelle aérienne pour appuyer la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).

Devant initialement durer douze mois, l’opération Presence comprenait un bataillon d’aviation d’environ 190 personnes chargé de fournir en tout temps une capacité d’évacuation médicale aérienne à l’appui des forces terrestres des Nations Unies. Sa fonction secondaire consistait à effectuer des missions utilitaires visant à transporter des soldats, de l’équipement et des fournitures au besoin.

Le 31 juillet 2019, les Forces armées canadiennes ont entamé leur départ du Mali. La force opérationnelle a cessé ses activités de transport aérien et se concentre uniquement sur les opérations d’évacuation médicale jusqu’à la fin de la mission, le 31 août 2019. Au cours de la dernière année, la force opérationnelle aérienne a effectué plus de 100 missions de transport, accumulant près de 3 500 heures de vol à l’appui des opérations de sécurité des Nations Unies.

La flotte du bataillon comptait cinq CH-146 Griffon et trois CH-147F Chinook. Pendant qu’un Chinook effectuait une évacuation médicale, deux Griffon volaient à ses côtés en tant qu’escortes armées, assurant ainsi « l’intégrité de la section ».

Le lieutenant-colonel Babin, qui occupait la fonction de commandant du bataillon d’aviation de l’opération Presence, dit que le 430e Escadron constituait environ la moitié de l’unité d’aviation, qui comprenait également des militaires du 450e Escadron tactique d’hélicoptères, basé à Petawawa, en Ontario, où se trouvent les Chinook. L’unité a été renforcée par des militaires provenant de diverses unités de soutien des Forces armées canadiennes.

Collectivement, leur fonction était cruciale pour le travail de l’ONU au Mali.

« Nous assurons la seule capacité d’évacuation médicale militaire de cette mission, a affirmé le lieutenant-colonel Babin en juin. Il y a actuellement plus de 13 000 soldats de plus de 50 pays qui participent à la MINUSMA au Mali. Il y a des civils qui assurent divers niveaux d’évacuation médicale, mais nous sommes les seuls militaires à le faire dans ce théâtre. »

« Quand il s’agit de missions risquées et très dangereuses visant à évacuer des soldats du champ de bataille, nous sommes les seuls à pouvoir le faire ici. »

La présence des Canadiens dans le théâtre d’opérations a permis aux fantassins, surtout les soldats néerlandais, jusqu’à leur départ en mai, puis allemands, d’accroître la portée de leurs opérations terrestres, puisqu’ils savaient qu’ils pouvaient compter sur une équipe d’évacuation médicale qui interviendrait dans un délai prescrit.

« En règle générale, la plupart des pays européens calculent leur portée (de mission) en fonction de leur capacité d’apporter un soutien médical à leurs soldats, a poursuivi le lieutenant-colonel Babin. Par voie terrestre, c’est lent. Donc, la portée n’est pas si grande. Avant notre arrivée, ils ne pouvaient pas s’éloigner de Gao et déployaient souvent une équipe médicale avec les soldats. Après notre arrivée, ils pouvaient envoyer des soldats en patrouille dans des villes où aucun soldat de l’ONU n’avait encore mis les pieds. »

Les hélicoptères Chinook et Griffon canadiens ont remplacé une équipe d’évacuation médicale aérienne allemande qui pilotait différents types d’appareils, mais aucun n’était aussi gros que le Chinook.

En préparation pour le Mali, l’ARC a ajouté à chaque Griffon une trousse d’armes, des caméras à capteurs, de l’équipement de survie et des systèmes de contre-mesures. Dans le cadre d’un programme de réduction de la masse, certains composants ont été enlevés, notamment les revêtements de sol et la plupart des composants d’avionique liés aux règles de vol aux instruments, ce qui a permis d’accroître la puissance de l’aéronef.

Tester les limites

Les Canadiens ont fait face à de nombreuses difficultés au Mali, au premier rang desquelles figurait le climat. Puisque les températures diurnes moyennes étaient de 44 °C, les aéronefs ont constamment fonctionné à leurs limites d’exploitation.

« Le Chinook a la réputation de pouvoir fonctionner dans des milieux extrêmes, mais même cet aéronef éprouve des difficultés ici, dit le lieutenant-colonel Babin. Aucun aéronef n’est à l’épreuve de la chaleur. »

Il est impressionnant de constater que, en date du 14 juin, la force opérationnelle aérienne n’avait pas manqué un lancement en raison de problèmes d’état de service des aéronefs. La flotte de Griffon avait enregistré un taux d’état de fonctionnement de 93 pour cent depuis janvier, le Chinook étant à 96 pour cent. L’entretien est effectué en permanence.

En plus du climat, la taille du Mali, conjuguée à la pénurie de postes de ravitaillement en carburant et d’autres moyens aériens, a compliqué considérablement la réalisation d’une mission d’évacuation médicale de 700 kilomètres aller-retour. Dans de nombreux cas, les équipages n’avaient que quelques minutes pour procéder à l’évacuation des blessés. Ils ont comparé le Mali à la région arctique du Canada : aride, climat inhospitalier et peu de signes de présence humaine.

En juin, la saison des pluies était imminente au Mali. Les conditions météorologiques devenaient imprévisibles et les stations météorologiques étaient presque inexistantes.

Le capitaine Ryan Kelly, commandant d’aéronef et de la section de Griffon du 430e Escadron, affirme que l’une des plus grandes menaces est le redoutable haboob, une violente tempête de poussière qui peut soulever un mur de sable de plus de 1 800 mètres de haut.

« Quand un haboob se produit, il faut se préparer à une visibilité nulle, dit le capitaine Kelly. Les observations météorologiques ne sont pas fiables par ici. Souvent, on doit juste décoller et voir si l'on peut offrir notre aide, si l’évaluation des risques le justifie. »

Les équipages devaient être prêts à prendre des décisions difficiles. Il peut s’agir d’essayer de maintenir un taux de consommation de carburant plus bas, ou d’atterrir et de tourner au ralenti dans une zone à faible population, en attendant que le haboob passe. Comme le dit le capitaine Kelly, toutefois, l’atterrissage dans le désert saharien comporte ses propres risques liés à la détérioration de la visibilité.

Arrivé en janvier, le capitaine Kelly avait, en juin, effectué 150 heures de vol, soit environ 30 heures par mois. Il avait participé à trois évacuations médicales.

« Les trois étaient plutôt différentes. La première que nous avons effectuée a eu lieu une semaine après mon arrivée au Mali. Il s’agissait d’un engin explosif improvisé sur une route principale d’approvisionnement. Les Sri Lankais effectuaient un transport en convoi et ont subi des blessures, alors nous nous sommes envolés. »

Le capitaine Kelly mentionne que la cible se trouvait à plus de 150 milles nautiques et que l’équipe ne pouvait donc pas récupérer à Gao.

« Nous devions déterminer les endroits où nous allions récupérer et nous ravitailler en carburant. À cet égard, nous nous sommes rapprochés du lieu où nous devions nous rendre et avons contacté les soldats au sol, qui avaient établi un périmètre de sécurité autour de la zone. Nous avons envoyé le Chinook. Nous ne disposions que de cinq minutes pour intervenir. L’hélicoptère s’est posé rapidement et a évacué les soldats blessés. Nous avons dû nous rendre à une base d’opérations avancée pour nous ravitailler en carburant juste à temps. Heureusement, les conditions météorologiques n’étaient pas un problème. »

Les équipages de la force opérationnelle aérienne consommaient souvent trois litres d’eau au cours d’un vol, enfermés dans de l’équipement de protection lourd et aux prises avec la chaleur étouffante.

« Tu reviens trempé et encore déshydraté, mentionne le capitaine Kelly. Ton corps s’y adapte d’une façon ou d’une autre. »

La fin de la mission

La Roumanie relèvera le Canada dans son rôle aéromédical avancé au Mali cet automne.

Le lieutenant-colonel Babin indique que les premiers soldats devaient arriver à la mi-juillet pour commencer la construction du camp roumain, qui devrait être prêt le 15 octobre.

Entre-temps, le Canada a commencé à amorcer un départ graduel à la fin de juillet, maintenant toutefois la capacité d’évacuation médicale jusqu’à la fin d’août. Selon le lieutenant-colonel Babin, le personnel de la logistique s’occupera de plier bagage, et les derniers soldats canadiens devraient quitter le Mali plus tard cet automne.

Pour combler l’écart, le commandant s’attend à ce que l’ONU puisse compter sur des spécialistes de l’évacuation médicale civils sous contrat. « Il y a de bonnes entreprises compétentes ici. »

Quant au 430e Escadron, l’unité doit se concentrer sur la préparation d’un autre détachement en vue d’un déploiement futur.

« Nous ne savons pas encore où aura lieu le déploiement. Nous commençons donc par une instruction très générale, puis une instruction collective avec l’Armée, et enfin une instruction propre à la mission. Si nous ne connaissons pas notre destination, nous devons maintenir un “niveau de préparation élevé”. Tous les ans, ce cycle recommence. »

Le lieutenant-colonel Babin attend avec impatience l’automne, moment où il s’attend à ce que tout l’escadron soit réuni pour la première fois depuis longtemps.

« La difficulté consistera alors à réunir tout le monde en une grande famille. »

« Entre-temps, les difficultés demeurent fréquentes au Mali. C’est un milieu d’opérations extrêmement exigeant qui met au défi l’endurance des gens et des aéronefs. Mais ces difficultés n’éclipsent en rien la satisfaction que procure un travail bien fait. »

« Je me trouve en compagnie de beaucoup de gens extrêmement motivés et fiers d’effectuer le travail qu'ils accomplissent. Mais ça ne change rien au fait que c’est très difficile, conclut le capitaine Kelly. »

Article rédigé à l’aide de dossiers historiques du capitaine Christian Déry, du 430e Escadron tactique d’hélicoptères.

L’article précédent a initialement paru dans l’édition de l’été 2019 du magazine RCAF Today. L’auteur et l’éditeur ont autorisé sa traduction et sa reproduction.


 

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