La visite de la Patrouille de France rappelle le premier spectacle aérien français au Canada

Article de nouvelles / Le 27 avril 2017

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La Patrouille de France, plus ancienne équipe de voltige aérienne du monde, se produira à Gatineau, au Québec, en compagnie des Snowbirds des Forces canadiennes, à l’occasion du spectacle aérien Aero150, qui aura lieu le 30 avril 2017. Les 1er et 2 mai, l’équipe française survolera Ottawa, Montréal et Québec avant de se rendre à la 3e Escadre Bagotville, au Québec, en vue de son retour en France, le 4 mai.

George Fuller, historien de l’aéronautique québécois et ancien réserviste de l’Aviation royale canadienne, réfléchit à un événement semblable qui s’est déroulé il y a cent ans lors duquel le Canada a accueilli le premier spectacle aérien donné sur son territoire par un autre pays, plus précisément par le lieutenant Georges Flachaire, as français de la Première Guerre mondiale.

Par George Fuller

Le premier avion de guerre dernier cri à survoler le Québec pendant la Première Guerre mondiale atterrit à Montréal à l’issue d’un voyage extraordinaire composé de plusieurs étapes qui a commencé à Washington, D. C., le 4 juin 1918. 

Avant cette date, les seuls avions provenant de l’extérieur du Québec à avoir effectué un vol dans la province étaient quelques Curtiss JN-4 de la Royal Air Force Canada (RAFC), construits au Canada, qui avaient décollé d’aérodromes en Ontario, et l’hydravion Burgess-Dunne de 1914, premier avion militaire canadien. Ce dernier avait quitté le Vermont, aux États-Unis, pour se rendre au Québec, après quoi on l’avait expédié à l’étranger afin que puisse s’en servir l’éphémère Canadian Aviation Corps, bien qu’il ne volerait plus jamais.   

Ayant déclaré la guerre contre l’Allemagne, en avril 1917, les États-Unis accueillent l’aide de leurs alliés visant à préparer au combat leur force aérienne inadaptée. Une délégation d’experts français, dont des pilotes aguerris, se rendent donc aux États-Unis, apportant quelques avions de guerre afin de faire des présentations et de donner de la formation.

Bénéficiant de la visite à Montréal du célèbre maréchal Joseph Jacques Césaire Joffre (général français qui, du début de la Grande Guerre jusqu’à la fin de 1916, avait agi à titre de commandant en chef des forces françaises combattant sur le front ouest) en mai 1917, un nouvel organisme de bienfaisance voit le jour dans la ville québécoise afin de venir en aide aux victimes de la guerre en France.  

On envisage donc de tenir un gala de collecte de fonds, la « Foire montréalaise », au parc Lafontaine, en juin 1918. Le clou de la soirée sera un spectacle aérien du lieutenant Georges Flachaire, as de chasse français, qui pilotera l’un des chasseurs biplans dernier cri de la France, le Spad 13. 

Après des escales à Buffalo, dans l’État de New York, ainsi qu’aux aérodromes de la RAFC à Leaside (près de Toronto), à Deseronto et à Brockville, tous en Ontario, le lieutenant Flachaire exécute le plus long vol à ce jour vers une destination canadienne lors de la soirée du 5 juin 1917, atterrissant à l’hippodrome Blue Bonnets (qui deviendra l’hippodrome de Montréal). 

Toutefois, lors de son atterrissage au crépuscule, le biplan heurte une clôture. Le lieutenant Flachaire ne subit aucune blessure, mais la réparation de l’avion durera jusqu’au 14 juin. On prend néanmoins des dispositions afin de permettre au pilote d’effectuer un vol en décollant du terrain de polo à Bois-Franc (qui deviendra l’aéroport de Cartierville).

Le service militaire de Georges Flachaire

 Le lieutenant Georges Flachaire a abattu huit appareils ennemis aux commandes d’avions Nieuport Scout pendant son affectation à l’Escadrille 67 de l’Armée de l’Air française, basée à l’aéroport de Lyon-Bron. En raison de son service militaire, il a reçu :

  • la Légion d’honneur (plus haute décoration française, créée par Napoléon Bonaparte en 1802);
  • la Médaille militaire (créée par Napoléon Bonaparte en 1852 afin de souligner le service militaire, notamment les actes de courage au combat);
  • la Croix de guerre (décernée pour souligner la bravoure de militaires mentionnés à l’ordre du jour; les militaires qui obtenaient la Légion d’honneur ou la Médaille militaire recevaient également la Croix de guerre);
  • la Military cross britannique (décernée afin de souligner le service distingué et méritoire d’officiers britanniques et étrangers de certains grades en temps de guerre).

Le samedi 15 juin, le lieutenant Flachaire offre aux Montréalais un spectacle aérien mémorable de quinze minutes au-dessus du parc. Le pilote fait voler le Spad à 61 mètres du sol, permettant aux spectateurs fébriles de bien voir les symboles militaires français sur l’appareil. Il se rend ensuite à Bois-Franc, où il donne un autre court spectacle. Le dimanche, il épate de nouveau la foule à l’occasion de la Foire montréalaise. De plus, il survole la piste d’athlétisme à Kahnawake (qui s’appelle à cette époque Caughnawaga), ce qui lui vaudra de se faire appeler « aigle de guerre géant » lors d’une cérémonie mohawk.

Le lieutenant Flachaire quitte Bois-Franc le mercredi 19 juin. Effectuant des escales au camp de l’Armée à Barriefield, près de Kingston, et à Deseronto, le pilote atterrit à Leaside six heures et dix minutes plus tard. Ce soir-là, on lui rend honneur à Toronto. S’arrêtant à Buffalo, dans l’État de New York, et à Erie, en Pennsylvanie, il arrive sain et sauf à Cleveland, en Ohio, le 23 juin.

Le lieutenant Flachaire meurt en 1973, au Venezuela, à l’âge de 81 ans. Son vol remarquable et son service exceptionnel en temps de guerre méritent notre souvenir, plus particulièrement en raison de la visite de ses concitoyens au Canada à l’occasion du 150e anniversaire de notre pays.

L’article ci-dessus a paru dans Beyond the Sunset, publié par la Fondation aérovision Québec, le 24 septembre 2001. Il a fait l’objet d’une révision le 31 janvier, mais aussi de changements apportés au style et à la taille du texte.

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