La Royal Air Force célèbre son centenaire

Article de nouvelles / Le 18 avril 2018

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Par le major William March

La Royal Air Force, née de la fusion du Royal Flying Corps et du Royal Naval Air Service, a vu le jour le 1er avril 1918. La RAF souligne donc cette année son centenaire et l’Aviation royale canadienne célèbre l’histoire qu’elle partage avec la RAF, tant sur le plan de l’entraînement que du combat et du respect.

L’Aviation royale canadienne (ARC) et la Royal Air Force (RAF) entretiennent des liens depuis fort longtemps. Dans une grande mesure, l’histoire, l’héritage et les traditions qu’elles ont en commun sont issus de la Première Guerre mondiale, ont été cultivés pendant l’entre-deux-guerres et se sont consolidés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le Canada ne possédait pas de force aérienne avant les derniers jours de la Première Guerre mondiale, quand deux escadrons de la RAF ont reçu la désignation de « canadiens » et que le Service aéronaval de la Marine royale du Canada a vu le jour à Halifax, en Nouvelle‑Écosse. De jeunes Canadiens désireux de vivre l’aventure du vol se sont joints au Royal Flying Corps ou au Royal Naval Air Service et, après la fusion des deux organisations, le 1er avril 1918, à la RAF.

Qu’ils soient venus de fermes ou de villes du dominion ou provenus du Corps expéditionnaire canadien en Europe, ils ont fait leur entraînement, ont vécu, ont combattu et, dans certains cas, ont sacrifié leur vie aux côtés de leurs collègues britanniques. Des centaines de Canadiens ont fait partie des Imperial Flying Services et, après l’établissement d’un programme d’instruction militaire au Canada en 1917, ce nombre a crû pour atteindre les milliers. Même quand les canons se sont tus, le 11 novembre 1918, le sentiment nationaliste est resté vivant chez les aviateurs canadiens. Leurs aspirations, cependant, allaient être façonnées par une compréhension et une vision partagées fondées sur celles de la RAF.

Pendant l’entre‑deux‑guerres est apparue une ARC qui, bien qu’imitant largement la RAF, commençait néanmoins à se forger une identité culturelle propre, inspirée notamment par les « pilotes de brousse en uniforme » qui caractérisaient les opérations aériennes du gouvernement civil. Aidée d’un « cadeau » britannique de plus de 100 aéronefs excédentaires et faisant fond sur l’entraînement suivi et l’expérience acquise pendant les années de guerre, l’Aviation canadienne s’est développée graduellement jusqu’à ce que, le 1er avril 1924, on lui attribue le qualificatif « royale » et qu’elle devienne un élément permanent du paysage canadien de la défense.

Ses règlements, ses uniformes, son entraînement et même son emblème s’inspiraient de ceux de la RAF. C’est pendant ces années que la Imperial Defence, une entente de coopération en matière de défense conclue entre les grands acteurs de ce qui allait par la suite devenir le Commonwealth britannique, a fait l’objet d’un vaste débat. Sur les questions de puissance aérienne, la RAF a pris les devants et a collaboré avec des pays comme le Canada, lui fournissant la doctrine, les tactiques et les aéronefs nécessaires. Les occasions d’entraînement et de perfectionnement, grâce aux échanges et à la fréquentation du collège d'état-major de la RAF, ont permis de resserrer les liens entre les deux forces aériennes, des liens qui n’ont fait que gagner en importance quand on a pressenti qu’une autre guerre se préparait.

Dans les années qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale, la RAF avait accepté qu’un certain nombre de Canadiens servent dans ses rangs à titre de membres d’équipage. Une fois combiné aux « coloniaux » restés dans la RAF après le conflit précédent, le personnel de la « CAN-RAF » a commencé à combattre l’Allemagne et l’Italie dès le début des hostilités, le 3 septembre 1939. Il y avait tant de Canadiens dans la RAF que les autorités ont décidé d’en regrouper un certain nombre, formant ainsi le 242e Escadron « canadien », qui allait atteindre la gloire lors de combats livrés en France et en Angleterre dans les années 1940.

Déterminé à tracer son propre chemin pendant le conflit, notamment en faisant sa déclaration de guerre une semaine plus tard, soit le 10 septembre, le Canada n’a toutefois pas tardé à soutenir l’Angleterre. Moins d’un an plus tard, le 1er Escadron de chasse se joignait aux « few » de Churchill dans la défense de l’Angleterre pendant la bataille d’Angleterre, mais cet apport n’a été qu’une goutte dans l’océan si on le compare aux milliers de membres d’équipage formés grâce au Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB).

Qu’ils aient obtenu leur brevet de l’ARC ou d’une station de la RAF située au Canada, les membres d’équipage du Commonwealth servaient à nouveau ensemble dans le monde entier. À mesure que l’ARC croissait et gagnait en maturité, elle s’efforçait de mettre en service ses propres escadrons et formations, clairement canadiens, comme le 6e Groupe du Bomber Command, en appliquant une démarche de « canadianisation ». La politique nationale qui visait à doter en personnel canadien les unités canadiennes était à l’origine d’une fraction des équipages aériens du PEACB, puisque la majorité d’entre eux allaient servir dans des escadrons de la RAF pendant la guerre.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’ARC s’est adaptée à la nouvelle réalité qu’était la Guerre froide. Toutefois, même si elle s’était faite à sa nouvelle tâche principale, soit la défense continentale et le resserrement des liens avec la United States Air Force (USAF), l’ARC est demeurée attachée à son élément mère. On a décidé de perpétuer la série 400 des numéros d’escadron qu’avait attribuée la RAF aux Canadiens pour éviter la confusion numérique, en plus de renforcer et d'augmenter les occasions d’entraînement, d’échange et de formation. Souvent, les militaires de l’ARC et ceux de la RAF ont travaillé côte à côte dans le cadre d’opérations de maintien de la paix, de secours humanitaire et, plus rarement, de combat.

Motivées par leurs intérêts communs en défense et par leurs organisations communes, comme le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, l’ARC et la USAF ont entrepris d’adopter une doctrine et un équipement similaires. Cependant, l’ARC est restée liée par l’« esprit » à la RAF, appuyée en cela par les souvenirs communs des anciens combattants des deux forces aériennes.

L’avènement du nouveau siècle n’a en rien affaibli ce lien. Les militaires de l’ARC et ceux de la RAF ont de nouveau travaillé ensemble, cette fois dans des endroits comme l’Afghanistan et l’Iraq. Les uniformes et les perspectives peuvent avoir changé, mais l’éthique fondamentale de la puissance aérienne, établie pendant les deux guerres mondiales du XXe siècle, est demeurée inébranlable. Il ne s’agit plus, pour les uns et les autres, d’une relation de parent à enfant; l’ARC et la RAF sont prêtes à faire face aux incertitudes de l’avenir en tant que pairs.

Le major March est historien à la Direction – Histoire et patrimoine de l’ARC.

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