La famille d’un aviateur mort à la guerre honore sa mémoire

Article de nouvelles / Le 12 septembre 2016

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Le sergent Ronald Zimmer et tous ses compagnons d’équipage de l’avion Lancaster LQ‑K (numéro de série JB280 de la Royal Air Force) ont perdu la vie au cours d’une mission de bombardement, le 2 janvier 1944.

Par Ross Lees

Le lien entre la 8e Escadre Trenton (Ontario) et le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB) est encore davantage renforcé par l’histoire de l’oncle du major Marty Zimmer.

Le major Zimmer commande le Centre de sélection du personnel navigant des Forces canadiennes, à la 8e Escadre Trenton, en Ontario. Son oncle, le sergent Ronald Zimmer, était mitrailleur de bord avec le 405e Escadron (Ville de Vancouver), volant des bombardiers Lancaster en Angleterre, au sein de la Force d’avions éclaireurs (Pathfinder Force) (8e Groupe), pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ronald Zimmer est né le 10 décembre 1923 à Viscount, en Saskatchewan. Ses parents, Rudolph et Mary, sont arrivés au Canada en septembre 1923 en provenance de Russie. Ils avaient deux enfants, et Mary était alors enceinte de Ronald, qui allait être le premier membre de la famille à naître au Canada. En tout, Ronald avait six frères et sœurs, une de ses sœurs étant décédée en bas âge.

Quand il avait 15 ans, Ronald a travaillé comme ouvrier de ferme en Saskatchewan; à l’âge de 17 ans, il a déménagé dans le nord de l’Ontario pour travailler dans un camp forestier. À 18 ans, il était ajusteur d’aéronefs chez la Canada Car & Foundry à Fort William, en Ontario (qui fait aujourd’hui partie de Thunder Bay). Un an plus tard, le 20 août 1942, le jeune homme de 19 ans s’enrôlait dans l’Aviation royale canadienne (ARC).

Il a ensuite fréquenté l’École de bombardement et de tir no 7 à Paulson (Manitoba), puis l’École de bombardement et de tir no 9, à Mont‑Joli (Québec), deux établissements mis sur pied dans le cadre du Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique. Il a terminé son instruction le 9 juillet 1943 et est arrivé en Angleterre un mois et deux jours plus tard; il a alors été affecté dans la 1659 Heavy Conversion Unit de la Royal Air Force (RAF), à Topcliffe (Yorkshire du Nord). Il a ensuite servi dans le 429e Escadron à la base de la RAF à Leeming, puis dans le 405e Escadron (Ville de Vancouver), à la base de la RAF à Gransden Lodge, dans le Cambridgeshire.

Six semaines après avoir reçu son écusson de mitrailleur de bord et trois semaines après son 20e anniversaire de naissance, le sergent Zimmer a été tué au combat.

« À sa sortie de l’École de bombardement et de tir no 9, à Mont-Joli, Ronald avait enregistré en tout 2,35 heures passées à armer, charger et harmoniser les tourelles et 21,53 heures de vol. Il s’est classé 19e sur 119 stagiaires », de dire la femme du major Zimmer, Sharon. « Une expérience bien limitée pour aller faire la guerre! »

Le matin du 2 janvier 1944, le sergent Zimmer et ses six compagnons d’équipage – le lieutenant d’aviation Tom Donnelly, un pilote expérimenté exécutant sa deuxième période de service, le sergent de section William Clark, viseur de lance-bombes, le lieutenant d’aviation Jerry Salaba, navigateur, le sergent Leslie Miller, mécanicien de bord, le sergent Brian West, opérateur radio, et le sergent Ron Watts, mitrailleur de bord – ont décollé de Gransden Lodge à minuit et 23 minutes avec 11 autres bombardiers Lancaster. Les 12 appareils prenaient part à une mission qui réunissait 421 Lancaster, tous chargés de bombarder Berlin. L’aéronef du sergent Zimmer, l’appareil no JB280, n’est jamais revenu. Pendant très longtemps, on n’a pas su grand-chose de plus sur le dernier lieu de repos de l’avion et de son équipage.

Nouveaux renseignements

Récemment, Mme Zimmer a fait la connaissance de Rob Wethly, un passionné d’histoire militaire néerlandais de Schoonbeck (Pays-Bas). Grâce à ses propres recherches, M. Wethly possédait des détails complets sur la mission même et sur l’écrasement du bombardier qui s’était produit dans la petite ville, il y a 72 ans.

« Les détails qu’il a fournis ont révélé que l’équipage n’avait jamais atteint leur cible et qu’ils avaient été abattus par un chasseur de nuit allemand avec toute sa charge de bombes alors qu’il était à la verticale de la frontière germano-néerlandaise », a déclaré le major Zimmer.

M. Wethly s’est révélé être une mine de renseignements pour les Zimmer. Il a fourni des photographies historiques prises il y a 72 ans sur les lieux de l’écrasement et d’autres détails, y compris le rapport du coroner. Les renseignements ainsi obtenus ont aidé les Zimmer à repérer la tombe du sergent Zimmer et à mieux le connaître. Mme Zimmer a remis à M. Wethly une photo du sergent Zimmer qu’il a placée sur un support près de la tombe.

Un service commémoratif spécial a eu lieu le 4 mai 2016, jour du Souvenir aux Pays‑Bas. Les Zimmer auraient certes aimé y assister et voir la tombe de leur oncle maintenant qu’elle a un visage pour ainsi dire, mais ils n’ont pas pu organiser le voyage aussi rapidement qu’il le fallait. Toutefois, ils comptent s’y rendre dans l’avenir.

M. Wethly a récemment fait une découverte époustouflante pour donner à l’histoire une dimension digne du XXIe siècle. « Plus tôt cette année, pendant qu’il se servait d’un détecteur pour repérer des objets métalliques dans les environs du lieu même de l’écrasement », raconte le major Zimmer, « M. Wethly a trouvé un gros objet : il s’agissait en fait d’une bombe réelle de 1 000 livres (453,6 kg) qui n’avait pas explosé au moment de l’écrasement. »

« La bombe était suffisamment loin des maisons et des bâtiments de ferme et elle ne présentait pas de menace réelle pour les gens dans cette terre agricole éloignée », de dire M. Wethly. « Comme j’ai pu raconter à la police toute l’histoire du Lancaster JB280, elle m’a demandé d’envoyer mes rapports et mes documents au groupe de neutralisation des bombes de l’Armée. »

Le groupe de neutralisation des bombes de l’Armée a excavé la bombe et, en raison de son emplacement éloigné, a décidé de la faire exploser sur les lieux mêmes. Elle était recouverte de 450 mètres cubes de sable. « Le propriétaire a été invité à appuyer sur le bouton », de dire M. Wethly, « et il a fait sauter l’engin. Ce fut toute une explosion! »

M. Wethly a aussi collaboré avec Dave O’Malley (Vintage Wings Canada) pour cosigner un article intitulé « Blast from the Past » qui, selon le major Zimmer, redonne vie à toute cette histoire. Afin de lire l’article, veuillez utiliser les liens connexes figurant dans la présente page. 

Une expérience empreinte d’émotion

Le major Marty Zimmer a été chef d’état-major – Opérations lors du Spectacle aérien international de Quinte, qui a eu lieu les 25 et 26 juin 2016 à la 8e Escadre Trenton. Il a confirmé que ce spectacle aérien commémorant l’histoire du PEACB suscite en lui des émotions particulières.

« Le Spectacle aérien de Quinte aura un sens très spécial pour notre famille, et j’espère avoir la chance de monter à bord du Lancaster du Canadian Warplane Heritage Museum (CWHM) pour voir de mes propres yeux où mon oncle, le mitrailleur de bord Ronald Zimmer âgé de 20 ans, était placé quand il a fait l’ultime sacrifice », a-t-il écrit dans une note, avant le spectacle. « Comme nos deux fils sont des membres de l’Aviation royale canadienne, toute cette histoire nous a sensibilisés davantage à l’histoire de l’ARC et a renforcé nos liens avec elle. »

Le major Zimmer a pu monter à bord du Lancaster du CWHM avant le spectacle aérien, au cours d’une visite privée. Il avait pris place dans le bombardier B-25 quand celui-ci a volé en formation avec le Lancaster. « Je pense que l’on peut dire sans se tromper que ce fut là un vol chargé d’émotions », a expliqué Mme Zimmer.

Le major Zimmer a donné une dimension très personnelle à la guerre (et à l’écrasement) en décrivant avec éloquence son vol à bord du B‑25, alors qu’il regardait le Lancaster voler très près de lui.

« Quand nous avons amorcé notre vol en formation côte à côte avec le bombardier Lancaster, j’ai bien vite oublié mes émotions de passionné d’aviation ayant la chance inouïe de voler à bord d’un B-25, un des avions classiques de la Seconde Guerre mondiale, pour me reporter en arrière dans le temps, en 1944. J’ai essayé de m’imaginer assis là à regarder par le hublot et apercevant non pas un bombardier mais des centaines d’appareils semblables m’entourant au cœur d’une formation serrée. Bien que je portais un casque d’écoute, je n’entendais rien d’autre que le vrombissement des moteurs dont les vibrations se propageaient dans toute la cellule de l’avion. Je pouvais voir le capot des moteurs trembler alors que nous nous rapprochions du Lancaster.

« J’ai vite compris toute l’importance du rôle du mitrailleur de bord; il devait repérer tout chasseur allemand s’apprêtant à attaquer. C’est à peine si je peux m’imaginer le moindrement ce que les membres de l’équipage ressentaient en voyant des avions si près d’eux être abattus et tomber en entraînant leurs compagnons dans la mort dans bien des cas.

« La majorité de ces aviateurs étaient dans la jeune vingtaine, comme mes fils; et avaient dans bien des cas, une expérience de quelques heures à peine lorsqu’ils étaient jetés dans la bataille. Ils ont dû être terrifiés, surtout qu’ils savaient que leurs chances de survivre diminuaient à chaque mission. J’estime que ces équipages tenaient le coup uniquement grâce à la solide camaraderie qui les liait les uns aux autres. C’est là un atout dont je suis reconnaissant d’avoir pu bénéficier au cours de ma carrière d’aviateur dans l’ARC.

« Je mentirais si je ne disais pas que j’ai dû essuyer mes larmes à plusieurs reprises au cours de ce vol imprégné d’émotions.

« Après l’atterrissage à Trenton, j’ai utilisé la petite trappe d’accès aménagée dans le ventre du B‑25 pour reprendre pied sur le tarmac. En me redressant, j’ai aperçu le C17 [CC177 Globemaster III] immobile au sol au loin, avec tous ses systèmes, appareils et capacités de pointe : j’ai alors mesuré à quel point la Force aérienne avait progressé et le très grand nombre de vies qui avaient été sacrifiées pour que nous en arrivions là.

« Toute cette expérience m’a rendu encore plus fier de porter l’uniforme. »

Ross Lees est rédacteur du journal de la 8e Escadre Trenton, The Contact, dans lequel cet article a été publié à l’origine sous une forme légèrement différente.

 

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