ARCHIVÉE - La bataille d’Angleterre dans le rétroviseur

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Article de nouvelles / Le 16 septembre 2016

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Le 76e anniversaire de la bataille d’Angleterre sera souligné le dimanche 18 septembre 2016.
Une cérémonie nationale se tiendra au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada à Ottawa,
et des cérémonies locales auront lieu partout au pays.

Par le major Bill March

Les historiens aiment à débattre de la signification des événements passés; la bataille d’Angleterre ne fait pas exception. Même si en général on convient que le fait d’avoir empêché la Luftwaffe de gagner le contrôle du ciel au-dessus de l’Angleterre et de la Manche a mené à l’annulation de l’invasion prévue par les Allemands, et que cette bataille constituait leur première vraie défaite grave dans la Seconde Guerre mondiale, les opinions divergent rapidement par rapport aux effets subséquents de cette défaite.

La perte de près de 2 700 membres d’équipage chevronnés et de plus de 1 700 appareils était-elle la première étape dans la destruction ultime de la Luftwaffe? L’annulation de l’invasion a-t-elle poussé Hitler à tourner son attention vers l’Est, à l’invasion éventuelle de l’Union soviétique? La victoire britannique a-t-elle été le facteur décisif pour obtenir un soutien grandissant des États-Unis? La bataille d’Angleterre est-elle l’exemple ultime d’une victoire grâce à la puissance aérienne? Des questions de ce genre et leurs multiples réponses sont la matière sur laquelle reposent des carrières entières d’historiens.

Pour les hommes et les femmes qui ont vécu l’été et l’automne 1940, le personnel navigant et le personnel de piste, les soldats affectés aux batteries antiaériennes et les marins engagés dans la protection des convois maritimes, nul ne doute qu’ils avaient échappé à une menace monumentale. Pourtant la guerre se poursuivait. À cette époque, le début et la fin « officiels » d’une bataille étaient décidés longtemps après les événements, lorsque les vainqueurs étaient plus occupés à décerner des honneurs de bataille qu’à survivre.

Il faut se rappeler que la mortalité et la destruction faisaient partie de la vie courante le 9 juillet 1940, le jour avant le début « officiel » de la bataille, et qu’elles ont continué le 1er novembre, après la fin « officielle ». En fait, les pertes parmi le personnel navigant des Alliés pendant ces mois sont dérisoires en comparaison à celles des périodes similaires en 1943 et 1944, tant pour l’Aviation royale canadienne (ARC) que la Royal Air Force (RAF).

Du point de vue du Canada, la bataille d’Angleterre a eu un effet sur le pays en général et sur l’ARC en particulier. Même si le Canada avait déclaré la guerre à l’Allemagne le 10 septembre 1939, le pays a pris une approche prudente à la guerre, parce que le gouvernement cherchait à limiter la responsabilité financière et à éviter le grand nombre de pertes. Hanté par les souvenirs de la Première Guerre mondiale et spécialement par les ramifications politiques des dizaines de milliers de morts sur le champ de bataille et la crise de la conscription subséquente qui avaient divisé l’opinion, le gouvernement de Mackenzie King, sous la pression du public, a plié et a envoyé une force expéditionnaire en Angleterre. Il voulait cependant privilégier l’entraînement aérien et la défense du pays.

Le total des victoires des Allemands en France et la conquête possible de l’Angleterre effrayaient King et ses ministres. Alors que commençaient les discussions sur l’évacuation de la famille royale et l’emploi de bases canadiennes pour permettre à la Royal Navy et aux forces britanniques de continuer de combattre, le gouvernement a engagé à la hâte des ressources financières et militaires bien au-delà de ce qu’il avait prévu. Les forces supplémentaires, y compris le 1er Escadron de l’ARC, se sont préparées et ont été envoyées aussi rapidement que possible. La guerre, qui se déroulait toujours « au loin », se profilait maintenant juste au-dessus de l’horizon.    

À la suite de l’envoi de ces forces, le gouvernement et le public canadiens se sont intéressés vivement aux exploits des Canadiens dans l’ARC et la RAF. Pendant la bataille, la première page des journaux canadiens affichait le nombre d’appareils ennemis abattus chaque jour, confirmant ainsi que les plans de la Luftwaffe étaient contrecarrés à chaque détour. L’habileté et la bravoure des aviateurs canadiens rassuraient un pays qui craignait l’avenir sans l’Angleterre.

Pour la première fois, un escadron de la force aérienne canadienne prenait place sur la fine ligne bleue qui séparait la civilisation de l’ennemi. Le coût de cette participation se faisait sentir au pays dans les listes de Canadiens tombés au combat. Le Canada a émis un soupir de soulagement lorsque la fréquence et la férocité des attaques allemandes ont diminué à l’automne 1940; l’Angleterre avait survécu.

Des centaines de Canadiens ont servi dans le personnel navigant et dans le personnel de piste pendant la bataille d’Angleterre. Parmi les plus de 100 pilotes canadiens qui sont crédités pour avoir participé à la bataille, 23 y ont laissé leur vie, y compris 3 avec le 1er Escadron.

Les survivants pour leur part devaient composer avec un avenir incertain. Pour certains, comme le lieutenant d’aviation William Henry Nelson de Montréal (Québec), tué au combat le 1er novembre 1940, son avenir serait pitoyablement court. D’autres ont trouvé la mort dans un théâtre de guerre à l’autre bout du monde, comme le commandant d’aviation John William Kerwin de Toronto (Ontario), tué dans un accident d’avion le 16 juillet 1942, pendant une opération contre les Japonais lors de la campagne dans les Îles aléoutiennes. Environ trente autres vétérans canadiens de la bataille d’Angleterre ne verraient pas la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Tant le Canada que l’Angleterre ont mis à profit l’expérience des pilotes qui avaient survécu à la bataille d’Angleterre. Nombre d’entre eux ont été nommés commandants d’escadrille, d’escadron ou d’escadre, ou encore, comme le colonel d’aviation Ernest Archibald McNab de Rosthern (Saskatchewan), un ancien commandant du 1er Escadron, qui s’est retrouvé à la tête d’aérodromes complets avant la fin de la guerre.

À fin de la guerre en 1945, les vétérans canadiens de la bataille d’Angleterre se sont engagés dans des aventures aussi variées que les personnes elles-mêmes. Bon nombre sont restés dans l’ARC ou dans la RAF, où certains ont atteint des grades supérieurs – le lieutenant-général Edwin Michael Reyno de Halifax (Nouvelle-Écosse), a occupé les fonctions de capitaine d’aviation sous le commandement du colonel d’aviation McNab. Un autre ancien membre du 1er Escadron, le lieutenant d’aviation Hartland de Montarville Molson de Montréal (Québec), de la célèbre famille de brasseurs de bière, est devenu sénateur et a siégé longtemps. D’autres deviendraient des enseignants, des hommes d’affaires, des artistes et des pères, heureux de vivre une vie tranquille.

Pourtant, le troisième dimanche de septembre, ils sont nombreux à se réunir dans leurs communautés respectives pour commémorer la bataille d’Angleterre. Cette bataille constitue un moment important dans l’histoire du Canada, dont l’importance est soulignée par les anciens combattants qui se rassemblent pour se souvenir de leur jeunesse, reconnaître le sacrifice de leurs camarades disparus et rappeler aux nouvelles générations de Canadiens, en uniforme ou en civil, une époque où le pays a demandé beaucoup à une poignée d’hommes courageux.

Pour le Canada, ces aviateurs représentent la volonté du pays d’être aux côtés de nos Alliés pour lutter contre une menace commune. Pour l’ARC, ils sont le symbole de l’éthos du « service avant soi », et un exemple de force aérienne expéditionnaire professionnelle.

Et même s’ils sont maintenant presque tous disparus, ils ne seront jamais oubliés.

 

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