Commémoration du premier pilote du Canada en Nouvelle Écosse

Article de nouvelles / Le 20 octobre 2016

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Gerald Haddon a été colonel honoraire à l’École de technologie et du génie aérospatial des Forces canadiennes (ETGAFC) à Borden, Ontario, du 29 octobre 2010 au 25 avril 2014. L’école fait partie du système d’instruction de l’Aviation royale canadienne.

Cependant, les racines du colonel honoraire Haddon sont profondément ancrées dans l’histoire de l’aviation canadienne. Son grand-père était J.A.D. McCurdy, qui a piloté le Silver Dart le 23 février 1909. L’avion a décollé de la surface gelée du lac Bras d’Or près de Baddeck au Cap Breton, Nouvelle-Écosse. Il s’agissait du premier vol motorisé d’un aéronef plus lourd que l’air de l’Empire britannique et de la première étape dans la grande histoire de l’aviation civile et militaire du Canada.

Le colonel honoraire Haddon s’est rendu en Nouvelle-Écosse durant l’été 2016 pour participer à la mise en scène d’une pièce sur Alexander Graham Bell, principal inventeur du Silver Dart, et au dévoilement du buste de son grand-père à la résidence du gouverneur général à Halifax. Voici son témoignage.

Par le colonel honoraire Gerald Haddon

Ma femme, Amanda, et moi avons quitté Oakville, Ontario, pour nous rendre en voiture jusqu’au Cap-Breton, Nouvelle-Écosse, où nous attendaient les eaux scintillantes du lac Bras d’Or.

Lorna MacDonald, professeure d’études de chant à l’Université de Toronto, créatrice et librettiste de Bells of Baddeck, un drame musical qui relate l’histoire d’Alexander Graham et de Mabel Bell et comment le petit hameau de Baddeck a conquis leur cœur. Lorna m’a invité en Nouvelle-Écosse où la production se déroulait durant un mois, du 2 juillet au 2 août 2016, au lieu historique national Alexander-Graham-Bell pour participer à plusieurs causeries d’avant spectacle sur Bell et donner quelques conférences.

Cette production vraiment remarquable et inspirante reflète l’esprit de l’un des inventeurs les plus aimés du Canada et j’ai été honoré de l’occasion qui m’a été offerte de parler de la vie de mon grand-père, qui faisait partie des « hommes de Bell ».

Enfance et carrière

Né le 2 août 1886, le jeune Douglas McCurdy a grandi à Baddeck. On pouvait le voir à Beinn Bhreagh [la maison d’Alexander Graham Bell près de Baddeck] aider Bell à mener des expériences sur son cerf-volant et son planeur. Lorsqu’il n’aidait pas Bell, McCurdy aurait souvent joué avec Elsie et Daisy Bell. Mon grand-père est resté ami avec les filles de Bell et visitait fréquemment Beinn Bhreagh, même lorsqu’il était septuagénaire.

Durant son enfance, McCurdy a rencontré beaucoup de scientifiques et inventeurs célèbres, attirés vers ce petit hameau de 100 habitants en raison de la réputation mondiale de Bell. Ayant perdu deux fils en bas âge, Bell souhaitait adopter mon grand-père lorsqu’il avait cinq ans, signe du lien solide qui s’est créé entre les deux personnes. Sans l’intervention de sa tante, Georgina McCurdy, connue pour son fort caractère et son instinct maternel envers son neveu, mon grand-père serait devenu probablement le fils légitime de Bell.

 « J.A.D. McCurdy est né McCurdy, et par Dieu, il mourra McCurdy », a-t-elle dit sur un ton ferme. Toutefois, Bell est devenu le parrain de mon grand-père et en 1893, lui et sa femme ont emmené mon grand-père, âgé de 7 ans, à Washington, où il a passé une année très heureuse au sein de leur famille. Plus tard, remarquant que mon grand-père était un élève brillant, M. Bell parraina ses études au St. Andrew’s College à Aurora, Ontario et encouragea mon grand-père à suivre des études en génie mécanique à l’Université de Toronto, où il était le plus jeune étudiant à être admis à l’université.

Mes grands-parents possédaient une superbe maison d’été à Baddeck où j’ai passé de merveilleuses vacances lorsque j’étais enfant. Et c’était là que « Gampy », comme je l’appelais, m’a appris à faire de la voile. En naviguant sur le lac Bras d’Or lorsqu’il était jeune garçon en compagnie de ses deux frères, il s’est rendu compte du pouvoir du vent et de ce qu’il pouvait faire. Depuis cette époque, la curiosité qui s’éveilla en lui l’anima toute sa vie, ce qui le mena à devenir un extraordinaire ingénieur et un pilote talentueux ayant à son actif une liste impressionnante de premières dans le domaine de l’aviation.

Mon grand-père a été le premier pilote du Canada; il effectua le premier vol de l’Empire britannique le 23 février 1909, à Baddeck, Nouvelle-Écosse, en tant que membre de l’Aerial Experiment Association, dans un aéronef fragile qu’il a conçu et construit appelé le Silver Dart.

Ce fut un moment inoubliable de faire un discours au Musée Bell, sous une réplique du Silver Dart construit par des bénévoles, dont je faisais partie. L’Aerial Experiment Association a été créé le 1er octobre 1907, à Baddeck. Les membres du groupe se nommaient « associés » et se composaient de cinq personnes. Alexander Graham Bell, J.A.D. McCurdy, Casey Baldwin, Thomas Selfridge et Glenn Curtis.

L’Aerial Experiment Association a été créée dans un seul but : « faire voler un homme ». 

« L’aviation était une atmosphère qu’on respirait du matin jusqu’au soir et pratiquement du soir jusqu’au matin », a expliqué M. Bell. « Je peux dire pour ma part que cette période où l’on formait un groupe de jeunes hommes fut l’un des moments les plus heureux de ma vie. »

Non seulement nous avons participé aux Bells of Baddeck, mais ma femme et moi sommes allés à Halifax où nous avons été gentiment invités par Son Honneur et brigadier‑général John James Grant, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, à la résidence du gouverneur pour le dévoilement du ce buste magnifique de mon grand-père, commandé par la province de Nouvelle-Écosse.

Nommé lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse

Mon grand-père a également servi comme 20e lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, de 1947 à 1952. Il y a presque soixante ans, au cours du mandat de mon grand-père, j’avais séjourné à maintes reprises à la Résidence du lieutenant-gouverneur. Il s’agit de la résidence officielle la plus ancienne au Canada et elle a été le lieu de travail du représentant du souverain en Nouvelle-Écosse depuis plus de 200 ans.

Cette belle résidence georgienne, et lieu historique national contient une collection impressionnante d’œuvres d’art et d’antiquités qui reflètent l’histoire et le patrimoine de la province. Le lieutenant-gouverneur Grant et sa femme Joan ont insisté pour qu’Amanda et moi explorions l’histoire et la beauté de la Résidence du lieutenant-gouverneur; ils nous ont même dit que nous étions libres d’aller partout dans la résidence.

C’était formidable de revisiter un si grand nombre des magnifiques pièces que j’avais explorées alors que j’étais un jeune garçon encore à l’école. Et la Résidence du lieutenant-gouverneur était un trésor de pièces fascinantes pour un enfant curieux de 10 ans. Je me rappelle que lorsqu’on m’appelait pour le repas à l’étage inférieur, je glissais avec désinvolture sur la longue rampe de l’escalier — au grand chagrin de ma grand-mère inquiète, mais au grand plaisir de mon grand-père.

Je me souviens aussi des nombreuses discussions avec mon grand-père et des leçons dont il me faisait part alors que j’étais assis tranquille à ses pieds. Il m’a aussi enseigné certaines des qualités attachantes et durables qui font que les Néo-Écossais sont des gens si spéciaux.

Il n’a jamais oublié ses racines à Baddeck. Lorsque le premier ministre MacKenzie King l’a nommé lieutenant-gouverneur, la presse a assiégé mon grand-père pour qu’il fasse un commentaire. Il a dit que c’était un privilège et un honneur et qu’il s’acquitterait de ses fonctions « du mieux qu’un campagnard du Cap Breton le pourrait ».

Malgré les nombreux honneurs qu’il a reçus au cours de sa vie, il est toujours resté un homme modeste qui dirigeait toujours la conversation vers les autres.À titre de représentant du roi, McCurdy se délectait dans son nouveau poste, car il avait ainsi la chance de servir sa chère province d’où venait une si grande partie de sa renommée mondiale. Dans son poste vice‑royal, il a rencontré des gens de toutes les situations sociales et invariablement, il traitait chaque personne exactement de la même façon. Peu importe ce qu’il a réalisé comme lieutenant-gouverneur, c’était sa façon de rester modeste — malgré la dignité requise par son poste officiel — qui a valu à McCurdy l’affection des milliers de gens qui ont appris à le connaître. Et, pour un jeune garçon comme moi, il avait fière allure dans son uniforme officiel.

Il est véritablement mon héros.

En 1959, la reine a nommé mon grand-père commodore de l’air honoraire pour souligner le 50e anniversaire de son vol historique. Sir Winston Churchill était la seule autre personne, à l’époque, à partager cet honneur.    

La même année, pour célébrer son vol, l’Aviation royale canadienne a fait de lui son tout premier colonel honoraire civil. Même si j’ai eu le privilège d’avoir comme mentor et grand-père J.A.D. McCurdy, c’est un honneur particulier pour moi de perpétuer cette tradition dans mon rôle de colonel honoraire dans l’Aviation royale canadienne.

Le dévoilement

On a confié à l’artiste canadien de calibre international, Christian Corbet, qui vit à Sackville, au Nouveau-Brunswick, la responsabilité de sculpter une effigie de mon grand-père. Au dévoilement du buste, j’ai d’abord eu le souffle coupé, et je cherchais vainement les mots pour exprimer ce que mes yeux tentaient d’absorber. Le portrait était si naturel qu’il me semblait que grand-père allait parler d’un moment à l’autre.

Faite en résine de bronze, la sculpture est de couleur bronze bleu pâle. Comme l’explique Christian : « J.A.D. McCurdy a passé beaucoup de temps à chercher son inspiration dans le ciel et dans l’eau, alors j’ai décidé d’incorporer la teinte bleue dans le buste. »

« J’ai sculpté le buste, unique et deux fois la taille normale d’un buste réel, avec des outils qui ont autrefois appartenus à Walter Allward, sculpteur du Mémorial de Vimy (en France) », il ajoute, « et j’ai aussi sculpté la signature de McCurdy au dos.»

Les Canadiens ont vraiment de la chance, car Christian a créé et fait don de cette œuvre historique, et je souhaite reconnaître le dévouement et le talent de l’artiste qui a sculpté ce magnifique portrait d’un homme que je connaissais et que j’aimais. Amanda et moi sommes aussi extrêmement reconnaissants à Leurs Honneurs pour l’accueil gracieux qu’ils ont réservé à cet événement remarquable et unique et pour avoir commandé la sculpture.

Le buste de mon grand-père a été placé dans la salle à manger officielle de la Résidence du lieutenant-gouverneur. Lorsqu’on entre dans cette somptueuse pièce, le regard est immédiatement attiré par la sculpture. En face de mon grand-père se trouvent un portrait de la reine Elizabeth II suspendu au-dessus du splendide manteau de cheminée en marbre ainsi qu’un buste de Son Excellence le major-général Georges Vanier, le 19e gouverneur général du Canada.

Dernières réflexions

Alors que je quittais la Résidence du lieutenant-gouverneur, je ne pouvais pas m’empêcher d’évoquer Gilbert Grosvenor, président de la National Georgraphic Society qui a écrit en 1959 qu’il avait connu Lindbergh, Amundsen, Byrd, Peary, Shackleton, et déclaré : « Je considère J.A.D. McCurdy comme un homme qui se classe parmi les plus grands d’entre eux. »

Comme l’a dit le gouverneur général Vanier : « Dans notre marche en avant, jouissant du bonheur matériel, n’oublions pas les valeurs spirituelles dans la trame de notre vie. Pour que le Canada atteigne la grandeur qui lui revient, chacun de nous doit dire : “Je ne demande qu’à servir”. »

Mon grand-père a changé le monde de son temps en portant un rêve, celui de voler, de faire voler l’homme. Il a servi sa province et son pays avec excellence et fierté.

Je suis honoré d’être son petit-fils plus que je ne saurais l’exprimer et je suis enchanté que nous ayons rendu hommage, à la Résidence du lieutenant-gouverneur, à l’homme que beaucoup considèrent comme étant « le père de l’aviation canadienne ».

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