« Check Six! » Un retour sur la bataille d’Angleterre

Article de nouvelles / Le 14 septembre 2017

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Le 17 septembre 2017, on soulignera le 77e anniversaire de la bataille d’Angleterre. Une cérémonie nationale aura lieu à l’Aéroport exécutif Gatineau-Ottawa, à Gatineau, au Québec, et des cérémonies régionales se dérouleront partout au pays.

Par le major Bill March

L’expression anglaise « check six » fait allusion aux douze heures affichées sur une horloge, utilisées fréquemment par les aviateurs afin de signaler la position d’un appareil ennemi relativement à la leur. Ainsi, « check six » voulait dire de regarder à « six heures », donc directement derrière vous et votre aéronef.

Les historiens aiment débattre de la signification des événements passés; la bataille d’Angleterre ne fait pas exception. Même si, en général, on convient que le fait d’avoir empêché la Luftwaffe de gagner la maîtrise du ciel au-dessus de l’Angleterre et de la Manche a mené à l’annulation de l’invasion prévue par les Allemands, et que cette bataille constitue leur première vraie défaite grave dans la Seconde Guerre mondiale, les opinions divergent fortement quant aux incidences de cette défaite.

La perte de près de 2 700 membres d’équipage chevronnés et de plus de 1 700 appareils était-elle la première étape dans la destruction de la Luftwaffe? L’annulation de l’invasion a-t-elle poussé Hitler à tourner son attention vers l’Est et à lancer l’invasion de l’Union soviétique? La victoire britannique constitue-t-elle le facteur décisif qui a mené l’obtention d’un soutien grandissant des États-Unis? La bataille d’Angleterre est-elle le parfait exemple d’une victoire remportée grâce à la puissance aérienne? Certains historiens consacrent leur carrière entière à des questions de ce genre et à leurs nombreuses réponses.

Il ne fait aucun doute que les hommes et les femmes qui vivent l’été et l’automne 1940, le personnel navigant et le personnel de piste, les soldats affectés aux batteries antiaériennes et les marins engagés dans la protection des convois maritimes, échappent à une menace monumentale. Pourtant la guerre se poursuit. À cette époque, on détermine le début et la fin « officiels » d’une bataille longtemps après celle-ci, lorsque les vainqueurs s’emploient à décerner des honneurs de bataille plutôt qu’à survivre.

Il faut se rappeler que la mortalité et la destruction font partie de la vie courante le 9 juillet 1940, veille du début « officiel » de la bataille, et qu’elles sévissent toujours le 1er novembre, après la fin « officielle » de l'affrontement. En fait, les pertes parmi le personnel navigant des Alliés pendant ces mois sont dérisoires en comparaison à celles des périodes similaires en 1943 et 1944, tant pour l’Aviation royale du Canada (ARC) que la Royal Air Force (RAF).

Du point de vue du Canada, la bataille d’Angleterre a un effet sur le pays en général et sur l’ARC en particulier. Même si le Canada déclare la guerre à l’Allemagne le 10 septembre 1939, le pays adopte une démarche prudente, parce que le gouvernement cherche à limiter la responsabilité financière et à éviter un grand nombre de pertes. Hanté par les souvenirs de la Première Guerre mondiale et spécialement par les ramifications politiques des dizaines de milliers de morts sur le champ de bataille et la crise de la conscription subséquente qui a divisé l’opinion, le gouvernement de Mackenzie King cède néanmoins à la pression du public et envoie une force expéditionnaire en Angleterre. Il souhaite toutefois privilégier l’entraînement aérien et la défense du pays.

Le total des victoires des Allemands en France et la conquête possible de l’Angleterre effraient King et ses ministres. Lorsque s’amorcent les discussions sur l’évacuation de la famille royale et l’emploi de bases canadiennes pour permettre à la Royal Navy et aux forces britanniques de continuer de combattre, le gouvernement engage à la hâte des ressources financières et militaires bien au-delà de ce qu’il a prévu. Les forces supplémentaires, y compris le 1er Escadron de l’ARC, se préparent et sont déployées aussi rapidement que possible. La guerre, qui s'était déroulée jusqu'alors « au loin », se profile maintenant juste au-dessus de l’horizon.    

À la suite de l’envoi de ces forces, le gouvernement et le public canadiens s’intéressent vivement aux exploits des Canadiens dans l’ARC et la RAF. Pendant la bataille, la une des journaux canadiens affiche le nombre d’appareils ennemis abattus tous les jours, confirmant ainsi que les plans de la Luftwaffe échouent sans cesse. Les aptitudes et la bravoure des aviateurs canadiens rassurent un pays qui craint néanmoins un avenir sans Angleterre.

Pour la première fois, un escadron de la force aérienne canadienne se trouve sur la fine ligne bleue qui sépare la civilisation de l’ennemi. Le coût de cette participation se fait toutefois sentir au pays dans les listes de Canadiens tombés au combat. Le Canada émet donc un soupir de soulagement lorsque la fréquence et la férocité des attaques allemandes diminuent à l’automne 1940; l’Angleterre a survécu.

Des centaines de Canadiens ont fait partie du personnel navigant et de piste pendant la bataille d’Angleterre. Parmi les quelque 100 pilotes canadiens qui ont participé à la bataille, 23 y ont laissé leur vie, y compris trois aviateurs du 1er Escadron.

Les survivants, pour leur part, doivent composer avec un avenir imprévisible. Certains, comme le lieutenant d’aviation William Henry Nelson, de Montréal, au Québec, tué au combat le 1er novembre 1940, connaissent un avenir pitoyablement court. D’autres trouvent la mort dans un théâtre de guerre à l’autre bout du monde, comme le commandant d’aviation John William Kerwin, de Toronto, en Ontario, tué dans un accident d’avion le 16 juillet 1942, pendant une opération contre les Japonais lors de la campagne dans les Îles aléoutiennes. Environ trente autres Canadiens qui ont participé à la bataille d’Angleterre ne voient pas la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Tant le Canada que l’Angleterre mettent à profit l’expérience des pilotes qui ont survécu à la bataille d’Angleterre. Nombre d’entre eux deviennent commandants d’escadrille, d’escadron ou d’escadre, ou encore, comme le colonel d’aviation Ernest Archibald McNab de Rosthern, en Saskatchewan, ancien commandant du 1er Escadron, se retrouvent à la tête d’aérodromes complets avant la fin de la guerre.

À fin de la guerre, en 1945, les Canadiens qui ont combattu pendant la bataille d’Angleterre s’engagent dans des aventures aussi variées que leurs personnalités. Bon nombre demeurent dans l’ARC ou la RAF, où certains accèdent à des grades supérieurs, dont le lieutenant-général Edwin Michael Reyno, de Halifax, en Nouvelle-Écosse, qui a occupé les fonctions de capitaine d’aviation sous le commandement du colonel d’aviation McNab. Un autre ancien militaire du 1er Escadron, le lieutenant d’aviation Hartland de Montarville Molson, de Montréal, au Québec, de la célèbre famille de brasseurs de bière, accède à la fonction de sénateur et occupe celle-ci longtemps. D’autres deviennent enseignants, hommes d’affaires, artistes et pères, heureux de vivre une vie tranquille.

Pourtant, le troisième dimanche de septembre, ils sont nombreux à se réunir dans leur collectivité pour souligner la bataille d’Angleterre. Cette bataille constitue un moment déterminant dans l’histoire du Canada, dont l’importance est soulignée par les anciens combattants qui se rassemblent pour se souvenir de leur jeunesse, saluer le sacrifice de leurs camarades disparus et rappeler aux nouvelles générations de Canadiens, militaires et civils, une époque où le pays a demandé beaucoup à une poignée d’hommes courageux.

Pour le Canada, ces aviateurs représentent la volonté du pays de lutter contre une menace commune aux côtés de ses alliés. Pour l’ARC, ils incarnent le principe du « service avant soi » et sont un exemple de force aérienne expéditionnaire professionnelle.

Bien que très peu se trouvent encore parmi nous aujourd’hui, nous ne les oublierons jamais.

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