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Article de nouvelles / Le 31 juillet 2019

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Par la capitaine Sally Riendeau

Les militaires de la 22e Escadre North Bay et base des forces canadiennes (BFC) North Bay doivent régulièrement travailler par quarts.

Depuis 1963, la protection et la défense de l’espace aérien canadien incombent au Secteur de la défense aérienne du Canada (SDAC) qui, en collaboration avec le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), assume les fonctions de surveillance, d’identification et de contrôle dans le cadre d’une opération ininterrompue qui vise à suivre et à identifier plus de 200 000 aéronefs par année. Afin d’accomplir cette tâche herculéenne, le personnel du 21e Escadron de contrôle et d’alerte (Aérospatiale), ou ECAA, l’escadron opérationnel de la 22e Escadre, travaille par quarts selon un cycle de quatre jours.

En 2016, l’Aviation royale canadienne (ARC) a mis en œuvre le Système de gestion des risques liés à la fatigue (SGRF) afin d’atténuer la fatigue éprouvée par les militaires de la Force aérienne. Le lieutenant-général Michael J. Hood, alors commandant de l’ARC, a décrit la fatigue comme une « une menace grave pour l’ARC, qui nuit à l’efficacité opérationnelle, à la sécurité des vols et au maintien en poste de personnel qualifié dans toutes les collectivités ».

L’équipe de sécurité des vols de la 22e Escadre avait déjà commencé à examiner le bien-fondé des horaires par quarts de l’escadron afin de voir si la mise en œuvre du SGRF pouvait mener à des changements permettant d’atténuer la fatigue. Ce qui n’était au départ qu’un simple examen s’est transformé en une recherche active des façons de lutter contre le manque de sommeil chez les militaires du 21 ECAA.

L’équipe de sécurité des vols a mis à profit des données extraites du logiciel FAST (Fatigue Avoidance Scheduling Tool), créé par la United States Air Force et éprouvé par le département de la Défense des États-Unis et les Forces armées canadiennes. Ce logiciel est utilisé partout dans le monde par des organismes gouvernementaux et des entreprises pour réaliser des recherches sur la fatigue et des enquêtes sur des accidents.

Le cycle de quarts imposé aux militaires du 21 ECAA, qui ne prévoit pas de périodes de repos ni de siestes, a fait l’objet d’une étude au moyen du logiciel FAST qui a révélé que l’efficacité cognitive des militaires pouvait se dégrader jusqu’à atteindre l’équivalent d’un taux d’alcoolémie de 0,08 pour cent pendant qu’ils étaient en service.

Après chaque cycle de quarts, l’on s’attendait à ce que les militaires retournent à leur domicile malgré leurs facultés cognitives affaiblies, alors même qu’ils risquaient de conduire dans des conditions difficiles comme des blizzards ou des tempêtes de neige. Une étude portant sur le même cycle de quarts auquel avaient été ajoutées des périodes de repos ou une sieste a permis de montrer que les militaires atteignaient rarement un état d’efficacité cognitive équivalant à un taux d’alcoolémie de 0,08 pour cent ou plus. L’étude a également fait ressortir une amélioration considérable chez les militaires qui présentaient une efficacité cognitive équivalant à un taux d’alcoolémie d’au plus 0,05 pour cent.

Ces résultats obtenus grâce au logiciel ont permis à l’équipe de sécurité des vols de la 22e Escadre et au personnel de promotion de la santé du Programme de soutien du personnel (PSP) de mettre sur pied une étude de la fréquence cardiaque afin d’évaluer les risques auxquels étaient exposés les travailleurs par quarts. L’étude portait sur des militaires de la 22e Escadre issus de diverses escadrilles et milieux de travail, y compris des militaires travaillant régulièrement du lundi au vendredi en quarts de jour. Les participants de grades et de fonctions variés appartenaient à différents groupes d’âge. Ils portaient tous des moniteurs de fréquence cardiaque qui permettaient de recueillir des données de base telles que l’indice de masse corporelle, le pourcentage de masse adipeuse, la tension artérielle systolique pendant les quarts de nuit, le nombre total d’heures de sommeil et la qualité du sommeil. Les résultats ont révélé que les travailleurs de nuit présentaient une tension artérielle systolique plus élevée, qu’ils dormaient moins d’heures et que la qualité du sommeil lors de ces heures était de mauvaise à acceptable.

À la fin de l’étude, les résultats obtenus grâce au logiciel FAST et les constatations indiquaient que des changements majeurs s’imposaient.  

Une proposition qui décrivait les risques ainsi que des pistes de solutions à court, à moyen et à long terme a été soumise au commandant de la 22e Escadre. La solution à court terme consistait à mettre en œuvre la politique du SGRF et de poursuivre la recherche d’un horaire de travail par quarts optimal, tandis que la solution à moyen terme comprenait l’acquisition et l’attribution d’équipement et d’installations incitant les militaires à faire des siestes pendant leurs quarts. Enfin, la solution à long terme prévoyait un programme de sensibilisation et d’information sur les effets de la fatigue, donné par le personnel de promotion de la santé des PSP de la 22e Escadre.

À l’été 2017, le commandant de l’escadre a approuvé l’achat de trois cabines de sieste. Une liste des exigences fonctionnelles pour ces cabines de sieste a été établie afin de s’assurer qu’elles répondaient bien aux besoins des travailleurs par quarts voulant faire une sieste sans nuire à la capacité de l’escadron d’exécuter sa mission.

Les cabines de sieste devaient notamment répondre aux exigences fonctionnelles suivantes :

  • réduction du bruit – Les cabines doivent amortir le bruit tout en permettant aux utilisateurs d’entendre les annonces publiques;
  • réduction de la lumière – Les cabines doivent diminuer la lumière provenant des plafonniers afin de favoriser un sommeil de qualité;
  • hygiène – Les cabines doivent être faciles à nettoyer au moyen de solution de nettoyage et de désinfectants ordinaires;
  • déplacement – Les cabines doivent pouvoir être déplacées facilement au moyen d’un équipement minimal;
  • transmissions – Les cabines ne doivent pas être dotées de fonctions d’émission de radiofréquences, dont Bluetooth. Si elles sont toutefois dotées de ce type de fonctions, on doit pouvoir les enlever ou empêcher leur fonctionnement;
  • alimentation – Les cabines doivent se brancher à une prise standard de 120 V (CSA);
  • installation – Qu’on ait recours à des services d’installation ou non, l’équipement doit pouvoir être installé sans soutien externe.

Durant le processus d’acquisition des cabines de sieste, les représentants des PSP ont diligemment informé le personnel et les équipes de commandement des effets du travail par quarts. Ils ont publié des lignes directrices adéquates en matière de nutrition et présenté d’autres stratégies visant à atténuer la fatigue chez les travailleurs par quarts. L’utilisation d’un vaste éventail d’approches pour la formation des militaires, notamment des présentations, des brochures et des affiches, a permis à ceux-ci d’assimiler peu à peu le message sur la gestion des risques liés à la fatigue.

L’une des plus grandes difficultés auxquelles a fait face l’équipe de sécurité des vols de la 22e Escadre afin d’améliorer le SGRF a été de changer la culture de l’équipe, qui depuis des décennies dissuadait les militaires de dormir au travail. On a constaté très tôt qu’un changement de paradigme s’avérait nécessaire et le commandant de l’escadre a joué un rôle prépondérant en vue de favoriser cette transformation. Les militaires du 21 ECAA adhèrent actuellement à cette nouvelle mentalité, et ce, peu importe leur grade ou leur ancienneté. Cependant, tous n’ont pas encore été en mesure de s’y conformer. L’équipe de sécurité des vols croit que le soutien actuel du commandement est un facteur déterminant pour veiller à ce que la nouvelle culture soit bientôt entièrement appuyée, ce qui créerait un milieu de travail plus sain, plus fort et plus sécuritaire au 21 ECAA.   

En juin 2018, la 22e Escadre a fait l'acquisition de trois cabines de sieste, que le 21 ECAA a reçu à la fin novembre. Celles-ci ont été assemblées en une fin de semaine, puis installées au fond de l’étage des opérations, un endroit moins fréquenté et offrant davantage d’intimité. Cette nouvelle zone est clairement délimitée et comprend du rangement et des crochets. Les militaires disposent donc d’un espace pour ranger leurs uniformes et leurs effets personnels, de même que les draps et les oreillers qu’ils utilisent dans les cabines.

La 22e Escadre a instauré de nouvelles politiques décrivant les protocoles d’hygiène et d’utilisation des cabines de sieste. Des recommandations ont également été formulées quant aux pratiques optimales concernant la durée des siestes, les avantages et les inconvénients de l’utilisation de produits naturels ou pharmaceutiques favorisant le sommeil ainsi que les avantages de l’utilisation stratégique de la caféine. Les cabines de sieste sont à la disposition de tout le personnel de la 22e Escadre qui a accès à l’étage des opérations. La politique indique ce qui suit :

 « Un apport de sommeil à n’importe quelle heure de la journée peut contribuer à diminuer le niveau de fatigue générale, mais planifier une sieste stratégique au moment où les capacités sont le plus affaiblies par la fatigue est optimal pour rétablir la vivacité d’esprit générale. Des recherches ont montré que les facultés s’affaiblissent généralement pendant la période de 2 h à 5 h; ces périodes peuvent cependant varier considérablement étant donné que les rythmes circadiens des travailleurs par quarts sont constamment perturbés. Les membres du personnel devraient être à l’écoute de leur corps afin de déterminer le meilleur moment pour faire une sieste stratégique. Une période d’essais et d’erreurs peut s’avérer nécessaire.

Développer et perfectionner sa capacité de faire des siestes nécessite du temps et des efforts. Au cours des premiers mois suivant la mise en œuvre, l’objectif initial consiste seulement à faire en sorte que les militaires se sentent à l’aise à l’idée de faire des siestes pendant les heures de travail. Les militaires doivent inscrire au registre leur entrée et leur sortie des cabines avant de se reposer. Ce registre sert uniquement à recueillir des données portant notamment sur l’utilisation des cabines, la durée des siestes et le grade des utilisateurs.

À ce jour, le succès de ce programme est directement attribuable au commandement de la 22e Escadre, qui a reconnu l’existence d’un problème et pris les mesures qui s’imposaient. Les dirigeants ont montré le comportement attendu en utilisant les capsules pendant la journée ainsi qu’en soutenant publiquement et constamment le programme. Grâce à un tel exemple, les membres de l’équipe se sont sentis à l’aise d’utiliser les cabines pendant leurs quarts. Les données recueillies jusqu’à présent à l’aide du registre viennent renforcer ce changement et, si les capsules continuent d’être utilisées, une étude de suivi sur la fatigue sera réalisée dans deux ans afin d’évaluer les avantages à long terme des siestes durant les cycles de travail par quarts.

Une évaluation de l’efficacité opérationnelle aura lieu à l’été 2019 afin de déterminer si des modifications à court terme s’imposent. Ce projet du SGRF est une entreprise à long terme qui continuera d’être mis à jour et modifié tout au long de la collecte des données et de la rétroaction. On prévoit déjà des plans afin d’élargir le projet, et l’équipe de sécurité des vols de la 22e Escadre croit fermement que ce projet peut facilement être adapté à d’autres escadres et escadrons de l’ARC, et possiblement élargi pour bénéficier également aux unités déployées.

Pour en savoir plus sur le projet de cabines de sieste de la 22e Escadre ou pour obtenir des conseils afin de vous aider à déterminer si une telle mesure peut s’appliquer à votre milieu de travail, veuillez communiquer avec :

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