Stirling David Banks, un exemple de courage pendant le raid contre Dieppe

Article de nouvelles / Le 14 août 2019

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Par le major (à la retraite) William March

Stirling David Banks naît le 7 avril 1923, à Popular Grove, à l’Île-du‑Prince‑Édouard. Sa vie s'achève 19 courtes années plus tard, au cours de l’opération Jubilee, le désastreux raid de Dieppe en France.

David est le troisième d’une famille de huit enfants. Il fréquente d’abord la petite école locale d’une seule pièce, puis va ensuite étudier au Collège Prince of Wales, à Charlottetown. Quelques jours après son 18e anniversaire, soit le 10 avril 1941, il s’enrôle dans l’Aviation royale canadienne (ARC).

Il commence son instruction de pilote à la 3e École élémentaire de pilotage, à London, en Ontario, où il exécute son premier vol solo à bord d’un Fleet Finch, le 12 août. Quelques semaines plus tard, le jeune homme est affecté à la 14e École de pilotage militaire, située à Aylmer, en Ontario, où il apprend à maîtriser les complexités de l’avion Harvard. Après avoir obtenu son brevet de pilote, le 11 décembre, il a la chance de célébrer chez lui avec sa famille ce qui sera son dernier Noël, avant de partir pour l’Angleterre le 2 janvier 1942.

L’instruction qui suit porte sur les avions multimoteurs, mais le jeune insulaire est résolu à piloter des avions de chasse. Le 10 juin 1942, son vœu se réalise quand il est muté à la station de Crosby‑on‑Eden de la Royal Air Force (RAF) à titre de stagiaire dans la 59e Unité d’entraînement opérationnel. Celle-ci fait partie du Fighter Command et forme des pilotes de chasseurs Hurricane qui, même s’ils ont fait place à d’autres avions au front, jouent encore de nombreux rôles, dont l’appui au sol. Moins de deux semaines plus tard, le 23 juin, le sergent de section Banks, nouvellement promu, se joint à sa première unité opérationnelle, le 3e Escadron, à la station Hunsdon de la RAF, dans le Hertfordshire.

La vie est plutôt tranquille au nouvel escadron, mais, comme le sergent de section Banks le dit à sa mère dans une lettre datée du 2 juillet, il profite au maximum de ses temps libres.

« Je n’ai pas volé souvent depuis mon arrivée à l’escadron, mais j’ai beaucoup de plaisir. L’officier anglais, l’autre Canadien [le sergent F. S. Armstrong], venu ici avec moi, et moi allons nager tous les après-midi, puis nous sortons en ville en soirée. L’Anglais Bob Walmsley (sous-lieutenant d’aviation) possède une belle petite voiture qui nous permet de passer du bon temps. » Malgré tout, le jeune pilote réussit à s’entraîner et il apprend surtout à voler en formation et à exécuter des tirs sur des cibles aériennes et au sol, à telle enseigne que, la deuxième semaine d’août, il a accumulé environ 300 heures de vol aux commandes d’avions Hurricane.

Sa période de service tranquille prend fin abruptement le 14 août, quand son escadron est muté à la station Shoreham de la RAF, juste en dehors de Bristol, dans le West Sussex. Le lendemain de son arrivée, Banks écrit à sa famille : « Tout est très tranquille, comme à l’habitude. Je vous salue avec toute mon affection. »

Malgré tout, le jeune pilote doit bien savoir que quelque chose se trame, car des avions d’autres escadrons continuent d’arriver. Il se peut que les impératifs de sécurité opérationnelle fassent en sorte qu'on ne renseigne pas les équipages aériens et de piste sur l’opération Jubilee jusqu’au 18 août, mais il n’y a aucun doute dans l'esprit du sergent de section Banks qu’il va bientôt se mesurer pour la première fois aux « boches ».

Il fait sans doute nuit quand le sergent de section Banks quitte sa caserne le matin du 19 août. Il sait, après avoir assisté à la séance d’information la veille, qu’il prendra part, avec les aviateurs de deux autres escadrons, à une attaque des plages et des promontoires du port français de Dieppe. Aux commandes de leurs Hurricane armés de quatre canons de 20 millimètres, les escadrons doivent soutenir de près un « raid massif » exécuté par plusieurs milliers de soldats alliés, surtout des Canadiens, au cours de l’assaut initial. L’escadron reçoit l’ordre de sortie à 3 h 29 du matin; il contient l’heure du décollage de l’escadron et sa mission : mitrailler les défenses sur les plages lors du débarquement des soldats canadiens.

Pendant son petit déjeuner avalé à la hâte et la courte marche qui le mène à son Hurricane prêt à décoller, des milliers de détails se bousculent sans doute dans sa tête : fréquences, caractéristiques du terrain et cibles, mêlées à l’adrénaline, à la fébrilité et à la peur! Une fois l’inspection préalable au vol terminée, le vrombissement des moteurs Merlin de Rolls-Royce des avions Hurricane rassemblés perturbe la quiétude du petit matin.

Décollant à 4 h 45, les 24 chasseurs de la force d’attaque (chacun des 3e, 43e et 245e Escadrons ayant fourni huit appareils) se rassemblent rapidement et se dirigent vers l’est à destination de la France occupée. Pendant qu’il se soucie de garder sa place dans la formation, tâche compliquée en raison de l’obscurité et de son expérience minimale du vol de nuit, le sergent de section Banks remarque peut-être les éclats de lumière occasionnels provenant des canons d’un navire de guerre allié sous lui qui tire des obus au-dessus des péniches de débarquement. Puis, à 5 h 14, après un ordre ferme donné par radio par le commandant de la force de frappe, le sergent de section Banks se joint au combat.

S’approchant à basse altitude au‑dessus des péniches, le sergent de section Banks ne discerne sans doute pas les visages des soldats aussi jeunes que lui qui y prennent place. À ce moment‑là, il se concentre sur les cibles devant lui, sur la plage ennemie et dans Dieppe même. La fumée provenant de l’artillerie navale et d’une attaque antérieure par des bombardiers légers est à la fois une malédiction et une bénédiction, car elle rend les objectifs difficiles à voir, tout en voilant partiellement les avions aux yeux des artilleurs allemands. Les tirs antiaériens sont nourris, et des obus traçants strient le ciel dans de nombreuses directions. Bien que son avion soit secoué par les obus éclatant près de lui et par l’air chaud montant des immeubles en flammes, le sergent de section Banks fait feu de ses canons, touchant les bâtiments les plus susceptibles d’abriter des emplacements ennemis. L’assaut de son escadron ne dure que quelques secondes et, avec lui, Banks reprend de l’altitude, chaque pilote se sentant soulagé d’avoir survécu. 

Cependant, ce soulagement cède vite la place à l’effroi quand le commandant d’aviation Alex Berry, DFC, commandant de l’escadron, qui perdra la vie plus tard ce jour‑là, ordonne aux Hurricane de mener une seconde attaque. Encore une fois, le mitraillage ne dure que quelques secondes, qui paraissent néanmoins interminables, mais le sort porte un dur coup au jeune Canadien, dont l’avion subi des dommages graves.

On l’aperçoit une dernière fois à environ seize kilomètres au nord de Dieppe, tentant de rapporter péniblement son avion endommagé en Angleterre.

À la fin de la journée, on ajoute le nom du sergent de section Banks à la longue liste d’aviateurs alliés « manquant à l’appel ». Le capitaine d’aviation Herbert Edward Tappin écrit à la famille du sergent de section Banks le 29 août, pour lui offrir une lueur d’espoir.

« Stirling n’a pas fait partie de l’escadron pendant très longtemps, mais durant cette courte période, il s’est montré un pilote travailleur et efficace. Il incarnait on ne peut mieux le Canadien heureux et sans souci qui fait preuve de courage et de la capacité d’exécuter des opérations contre l’ennemi. Les aviateurs de mon escadron et moi espérons sincèrement que votre fils est en sécurité. Si j’obtiens d’autres renseignements, je vous les communiquerai sans tarder. »

Étant donné le caractère confidentiel de l’opération Jubilee, très peu de renseignements parviennent à la famille Banks, autre que leur proche manque à l’appel. Finalement, le 23 mars 1943, la famille apprend que les Allemands ont récupéré son corps le 25 septembre de l’année précédente. On l’a enterré près de l’endroit où on l’a trouvé, mais on a déplacé son corps en 1949 à son dernier lieu de repos, dans l’annexe du Cimetière communal d’Abbeville.

Il avait 19 ans.

Quelques mots sur le raid de Dieppe

Le raid de Dieppe, exécuté en France le 19 août 1942, marque un moment déterminant de la Seconde Guerre mondiale. Étant donné que presque la totalité de l'Europe continentale se trouve sous l’emprise nazie, les forces alliées font face à un ennemi solidement retranché. Elles doivent trouver un moyen de prendre pied sur le continent, et elles tirent du débarquement à Dieppe des leçons inestimables pour le succès de l'invasion du jour J en 1944; ces leçons permettront de sauver d’innombrables vies lors de cette offensive capitale.

La grande majorité des attaquants lors du raid sont des Canadiens. En tout, 6 100 hommes y participent, dont 5 000 Canadiens. Les forces d'appui comprennent huit destroyers de la Royal Navy et 74 escadrons aériens alliés, dont huit font partie de l'Aviation royale canadienne. Il ne fait aucun doute qu'on a tiré des leçons précieuses du raid contre Dieppe, mais à quel prix! Parmi les 4 963 Canadiens qui participent à l’opération, seuls 2 210 rentrent en Angleterre, et bon nombre d'entre eux subissent des blessures. Les pertes s'élèvent à 3 367, dont 1 946 prisonniers de guerre; 916 Canadiens donnent leur vie. (Texte rédigé à l’aide du site Web d’Anciens Combattants Canada.)

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