Le dernier des pilotes canadiens en vie qui ont participé à la bataille d’Angleterre s’est « libéré des emprises de la Terre »

Article de nouvelles / Le 9 septembre 2019

Cliquez la photo sous la rubrique « Galerie d'images » pour voir d'autres photos.

Le 15 septembre 2019, on soulignera le 79e anniversaire de la bataille d’Angleterre.
Une cérémonie nationale aura lieu au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada à Ottawa (Ontario),
et des cérémonies régionales se dérouleront partout au pays.

Le commandant d’aviation (à la retraite) John Stewart Hart « s’est libéré des emprises de la Terre » le 18 juin 2019, moins de trois mois avant son 103e anniversaire. Il était le dernier pilote canadien en vie ayant participé à la bataille d’Angleterre.

Tous les ans, le troisième dimanche du mois de septembre, les militaires de l’Aviation royale canadienne, de la Royal Air Force et d’autres forces aériennes qui ont combattu pendant la bataille d’Angleterre, se recueillent afin de se rappeler les pilotes et les membres du personnel au sol, comme John Stewart Hart, qui ont tut risqué cet été de 1940 afin de repousser la Luftwaffe.

Leur bravoure et leurs sacrifices ont permis de faire échec au plan d’Hitler d’envahir la Grande-Bretagne et de lancer les Alliés sur la voie qui les mènerait, cinq ans plus tard, à la victoire et à la libération de l’Europe.

John Hart se remémore le rôle qu’il a joué lors de la bataille d’Angleterre

Par Holly Bridges

John Hart naît à Sackville, au Nouveau-Brunswick, le 11 septembre 1916. Il apprend à piloter des avions au club de vol d’Halifax, en Nouvelle-Écosse. En janvier 1939, il s’enrôle dans la Royal Air Force (RAF) pour une affectation de courte durée et, en 1940, il intègre la 7e Unité d’entraînement opérationnel, en Angleterre. Alors âgé de 24 ans, il se voit rapidement confier les commandes d’un Westland Lysander.

Après quelques affectations dans d’autres régions du pays, notamment dans les 614e et 613e Escadrons, le lieutenant d'aviation Hart quitte le 54e Escadron pour se joindre au 602e Escadron « City of Glasgow » en Écosse. Il s’agit d’un escadron d’avions de chasse bien établi qui se déplace rapidement à Westhampnett, une piste d’atterrissage d’urgence sur le terrain d’aviation satellite de la station de Tangmere de la RAF, dans le sud-est de l’Angleterre, qui sert à repousser la Luftwaffe. L’aérodrome a été préparé en vue de la bataille d’Angleterre.

Le contexte de la bataille d’Angleterre

Pour bien comprendre le rôle du lieutenant d’aviation Hart ainsi que des membres d’équipage aérien et du personnel de piste qui ont pris part à la bataille d’Angleterre, il est important de mettre les événements en contexte.

À cette époque, la machine militaire d’Hitler envahit l’Europe à une vitesse fulgurante. La bataille de France, comprenant l’invasion des Pays-Bas, du Luxembourg et de la Belgique, débute le 10 mai 1940, la Pologne, le Danemark et la Norvège ayant déjà capitulé.

Au mois de juin, la France capitule à son tour et les Alliés sont forcés de quitter le continent. Quelques jours plus tard, Winston Churchill, nouveau premier ministre de la Grande-Bretagne, avertit la Chambre des communes britannique de la situation critique des Alliés :

« La bataille de France est terminée, celle d’Angleterre va bientôt commencer. Hitler sait qu’il devra nous vaincre sur notre île ou perdre la guerre. Nous devons par conséquent rassembler nos forces et accomplir notre devoir, nous comporter de telle manière que si l’Empire britannique et son Commonwealth existent toujours dans mille ans, les hommes pourront dire : “Ce fut leur heure de gloire”. »

Hitler planifie désormais de lancer une offensive majeure contre la Grande-Bretagne. Pour réussir l’invasion, toutefois, il doit dominer l’espace aérien au-dessus de la Manche et du sud-ouest de l’Angleterre. La Luftwaffe a pour mission d’affaiblir la RAF jusqu’à ce qu’elle soit « incapable d’opposer une force substantielle aux troupes d’invasion ».

Le lieutenant d’aviation Hart se prépare à servir

En prévision de la grande bataille à venir, le lieutenant d’aviation Hart doit abandonner le Lysander pour apprendre à piloter le Supermarine Spitfire dans le 54e Escadron. Le cours de conversion dure seulement une semaine, ce qui n’est rien si l’on compare avec ce qui se fait aujourd’hui, où les équipages aériens militaires s’entraînent pendant des mois à bord de nouveaux aéronefs.

Une fois son cours terminé, il adore piloter le Spitfire.

« Le Spitfire est un merveilleux aéronef à piloter, dit le lieutenant d’aviation Hart. Il est très maniable. Il suffit de penser à la manœuvre que vous souhaitez effectuer et il la réalise. Ça se fait tout seul, sans forcer. Vous ne faites qu’un avec lui. Vous devenez une partie de l’appareil. Il est aussi beau qu’agréable à piloter. »

Ce dont le lieutenant d’aviation Hart ne se rend peut-être pas compte, c’est que le terrain d’aviation de la station de Tangmere de la RAF, à Westhampnett, où il est affecté, et les autres terrains d’aviation du même genre, comme ceux de Kenley, Croydon, Biggin Hill, West Malling, Horchurch, Hawkinge, Gravesend, Manston, Rochford, North Weald, Martlesham Heath, Stapleford Tawney, Debden et Northolt, seront le théâtre des combats les plus acharnés de toute la bataille d’Angleterre.

Il occupe un poste dangereux, c’est le moins qu’on puisse dire.

Bon nombre des pilotes ou les « quelques rares » pilotes canadiens qui participe à la bataille d’Angleterre, « the Few », comme sir Winston Churchill les appellera plus tard, souffrent grandement des attaques de la Luftwaffe dans l’espace aérien vital au-dessus de la Manche et du sud-est de l’Angleterre. Nombre d’entre eux perdent la vie lorsque leur avion s’écrase dans la tranquille campagne britannique. C’est notamment le cas d’Alex Trueman, pilote canadien et ami d’enfance du lieutenant d’aviation Hart, aussi originaire de Sackville. Le lieutenant d’aviation Trueman, qui sert dans le 253e Escadron de la RAF, est abattu et tué le 4 septembre 1940. Cependant, même la perte de son ami n’empêche le lieutenant d’aviation Hart de persévérer. Il ne laisse jamais la peur l’envahir.

« Nous n’avions pas le temps d’avoir peur, explique-t-il. Nous étions concentrés sur ce que nous faisions. »

Même si son aéronef essuie les tirs d’un avion polyvalent bimoteur Junkers Ju88 le 30 septembre 1940 au-dessus de la Manche, le lieutenant d’aviation Hart réussit à faire atterrir son Spitfire en toute sécurité. « Je me trouvais seulement à 20 milles [32 kilomètres] et à 20 000 pieds [6 096 mètres] quand j’ai été touché », se souvient-il. Le 10 octobre 1940, il participe à la destruction probable d’un Junkers Ju88 et, le 29 octobre, il signale la destruction d’un Messerschmitt Me109 (aussi connu sous le nom de Bf109). Le 13 novembre, peu après la fin de la bataille d’Angleterre, il prend part à la destruction d’un Junkers Ju88.

Au début de 1941, il fait partie du 91e Escadron à Hawkinge, en Angleterre, mais il retourne au 602e Escadron « City of Glasgow » et se joint ensuite à une unité d’entraînement opérationnel en tant qu’instructeur. Il dirige le 67e Escadron en Birmanie de mai à juillet 1943 et le 112e Escadron en Italie, d’avril à août 1945.

Il sert aussi dans les 614e, 613e et 54e Escadrons.

Il reçoit la Croix du service distingué dans l’Aviation le 22 juin 1945, alors qu’il sert dans le 112e Escadron. Sa citation se lit comme suit :

« Cet officier a pris part à de nombreuses sorties diversifiées, y compris bon nombre d’attaques de cibles fortement protégées, telles que des ponts routiers et ferroviaires, des postes d’armes, des centres de résistance et des transports motorisés. Tout au long de son service, il a fait preuve d’un habile leadership, d’une grande détermination et d’un sens du devoir. En avril 1945, le commandant d’aviation Hart a participé à une reconnaissance armée lors de laquelle onze locomotives ont été attaquées avec succès. Quelques jours plus tard, le commandant d’aviation Hart a effectué une autre sortie pendant qui a permis de mener une attaque efficace contre plusieurs locomotives et camions. Cet officier a toujours fait preuve d’une volonté remarquable et est un exemple à suivre par tous. » [traduction]

À cette époque, on fait appel à des Canadiens ordinaires, comme le lieutenant d’aviation Hart et des centaines d’autres, pour accomplir des choses extraordinaires afin de gagner des batailles ainsi que pour préserver la paix et la liberté dont nous jouissons aujourd’hui. Et pourtant, le lieutenant d’aviation Hart laisse entendre que le rôle qu’il a joué dans la bataille menée par les forces aériennes alliées pour repousser la Luftwaffe et gagner la bataille d’Angleterre n’a rien d’exceptionnel.

« Je sais que j’ai [la médaille de la bataille d’Angleterre] avec une étoile, mais je n’ai pas grand-chose à y voir, dit-il avec modestie. Vous étiez affecté à un escadron et vous faisiez votre travail. »

Combien d’avions a-t-il abattus pendant la bataille?

« Pas autant que j’aurais voulu », répond-il sobrement.

L’ARC rend hommage au commandant d’aviation John Hart au moyen d’un survol

Par Joanna Calder

Le commandant d’aviation (à la retraite) John Stewart Hart a célébré son 100e anniversaire le 11 septembre 2016. Pour souligner cette étape remarquable, l’Aviation royale canadienne a effectué un vol en son honneur au-dessus de sa maison à Naramata, Colombie-Britannique, le dimanche 18 septembre 2016, jour de la commémoration de la bataille d’Angleterre.

Deux chasseurs CF-188 Hornet du 409e Escadron d’appui tactique, basé à la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta, ont survolé la maison du commandant d’aviation Hart, à 14 h.

« Après le défilé aérien, M. Hart et sa famille nous ont rejoints près des aéronefs à l’aéroport [régional de Penticton] pour y faire une visite, explique le lieutenant-colonel William Radiff, commandant du 409e Escadron. Toute la famille, à l’exception de M. Hart, est montée à bord de l’aéronef pour voir comment il était fait. Quatre générations de la famille Hart se trouvaient près de l’aéronef, ce qui était très inspirant. M. Hart était très surpris de la petite taille des ailes du Hornet [et a indiqué] qu’il aimerait en faire l’essai. »

« Dimanche dernier, lors de son 100e anniversaire, il a volé à l’arrière d’un Harvard, continue le lieutenant-colonel Radiff. Fidèle aux habitudes des pilotes de chasse, lorsqu’on lui a demandé comment s’était déroulé son vol, [il] a déclaré que la manœuvre s’apparentait à celle d’un camion de transport de bois et que ça n’avait rien à voir avec l’agilité du Spitfire! »

« Le 409e Escadron est très honoré de pouvoir souligner le 100e anniversaire du commandant d’aviation Hart et de rendre hommage à son service militaire pendant ce conflit historique », a dit le lieutenant-colonel Radiff au Penticton Western News.

Le commandant d’aviation Hart était modeste quant à son âge et à ses réalisations pendant la bataille d’Angleterre.

« Je suis simplement né à Sackville, [au Nouveau-Brunswick], il y a 100 ans; j’ai simplement été accepté dans la RAF en 1939 et j’ai fini par piloter des Spitfires pendant la bataille d’Angleterre, et j’ai survécu, » a-t-il dit.

« Je voudrais dédier cette reconnaissance à ceux qui ont combattu et qui ont perdu la vie, ainsi qu’à ceux qui ont survécu. Ne les oublions pas. »

Le lieutenant-général Mike Hood, commandant de l’Aviation royale canadienne à l’époque, a vanté les mérites de l’ancien pilote de la bataille d’Angleterre.

« L’Aviation canadienne a beaucoup changé au cours des ans depuis que vous avez répondu à l’appel pour servir votre pays pendant la Seconde Guerre mondiale, a-t-il écrit dans une lettre destinée au commandant d’aviation Hart à l’occasion de son 100e anniversaire. Cependant, les qualités qui demeurent sont le dévouement et le courage des gens qui servent leur pays avec fierté. Vous avez établi les bases solides représentant le devoir, l’honneur et le dévouement au Canada, bases sur lesquelles nous continuons à miser. »

« Au nom des aviateurs et des aviatrices de l’Aviation royale canadienne, je vous remercie de votre service dans la RAF et je vous adresse mes meilleurs vœux pour l’avenir. »

L’article nécrologique du commandant d’aviation Hart

« John a rendu l’âme le 18 juin 2019, peu de temps avant son 103e anniversaire. Lui survivent ses trois enfants, deux petits-enfants et six arrière-petits-enfants. Ayant vécu plusieurs changements et expériences pendant le siècle passé, il a jugé le temps venu de se libérer des emprises de la Terre.

« John naît et grandit à Sackville, au Nouveau-Brunswick, mais il finit par se lasser des flottes de pêche et de l’Université Mount Allison. En 1938, il obtient son brevet de pilote à Halifax [en Nouvelle-Écosse], puis s’embarque pour l’Angleterre, où il se joint à la Royal Air Force. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il fait partie d’un escadron de chasse et se retrouve aux commandes de Spitfire pendant la bataille d’Angleterre. En 1942, il se rend en Birmanie pour y piloter des Hurricane, puis plus tard en Afrique du Nord. De là, il a mené son escadron de Mustang en Italie, effectuant des vols jusqu’à Vienne vers la fin de la guerre.

« John quitte la RAF en 1946. Ayant épousé Joan en Écosse en 1942, il rentre au Canada avec son jeune fils et s’établit à Vancouver afin d’y élever sa famille. Malheureusement, Joan succombe au cancer en 1977. Il épouse ensuite Bette, qui rend l’âme après 35 années de mariage.

« John avait de nombreux talents et a connu plusieurs conflits dans sa vie, mais il a survécu, entièrement conscient de son entourage, devenant le dernier des quatre pilotes surnommés « The Few ». Nous remercions chaleureusement ceux qui lui ont redonné l’amour du pilotage dans ses dernières années; un gros merci aussi aux charmantes dames qui l’ont soutenu avec grande affection chez lui, à Naramata. »

Article publié dans le Okanagan Valley Newspaper Group, le 9 août 2019.

Notes de l’éditeur : Le commandant d’aviation Hart est devenu le dernier pilote d’origine canadienne toujours en vie ayant participé à la bataille d’Angleterre lorsque le lieutenant d’aviation Percy Beake a rendu l’âme le 25 juin 2016 à Bath, au Royaume-Uni, à l’âge de 99 ans. Ce dernier était né à Montréal en 1917 et ses parents d’origine britannique sont retournés au Royaume-Uni huit ans après sa naissance.

Plus de 100 pilotes canadiens ont servi lors de la bataille d’Angleterre; vingt-trois d’entre eux ont perdu la vie pendant le conflit et environ 35 autres sont morts plus tard pendant la guerre. En d’autres mots, moins que la moitié des pilotes canadiens qui ont participé à la bataille d’Angleterre sont revenus à la maison après la guerre.

Date de modification :