Le capitaine d’aviation Peter William Bickford, un exemple de courage pendant l’opération Market Garden

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Article de nouvelles / Le 30 août 2019

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Par le major (à la retraite) William March

L’année 2019 marque le 75e anniversaire de l’opération Market Garden, la campagne audacieuse mais infructueuse
visant à capturer des ponts enjambant plusieurs rivières aux Pays-Bas afin d’ouvrir un corridor par lequel les forces terrestres alliées
pourraient passer pouréventuellement mettre fin à la guerre avant Noël 1944.

Peter William Bickford n’a pas pu se joindre aux forces armées des États-Unis en raison de sa citoyenneté britannique. Il s’est donc rendu au nord pour s’enrôler dans l’Aviation royale canadienne et s’est retrouvé au cœur de l’action au cours de l’opération Market Garden.

Peter naît à Bristol, en Angleterre, le 16 juillet 1920. Sa famille immigre en Amérique du Nord en 1925 et, dix ans plus tard, s’installe à Monongahela, en Pennsylvanie.

Il obtient son diplôme de la Monongahela High School en 1939, après quoi il devient réviseur de nouvelles sportives pour le journal local, The Daily Republican. Dans ses temps libres, il suit des cours au Pittsburgh Institute of Aeronautics.

Dans les mois qui suivent l’attaque japonaise contre les forces américaines à Pearl Harbor, à Hawaï, le 7 décembre 1941, il tente de s’enrôler dans les forces armées des États-Unis afin de devenir pilote. Toutefois, puisqu’il est citoyen britannique, on refuse sa candidature. Il va alors à Toronto en avril 1942, où l’Aviation royale canadienne l’accueille à bras ouverts. Affecté au poste de pilote, il suit l’instruction élémentaire de pilotage à la 13e École élémentaire de pilotage, à St. Eugene, en Ontario, à bord du Fleet Finch. De là, il passe à la 8e École de pilotage militaire, à Moncton, au Nouveau-Brunswick, où il pilote des Avro Anson. Après avoir reçu ses ailes de pilote en mai 1943, le nouvellement promu sous-lieutenant d’aviation Bickford se rend en Angleterre.

Après avoir suivi sa formation avancée dans la No. 12 Operational Training Unit, à la station de la Royal Air Force (RAF) Edgehill, dans l’Oxfordshire, puis dans la No. 1657 Heavy Conversion Unit, à la station de la RAF Chedburgh, dans le Suffolk, il est affecté au 115e Escadron en juin 1944. Basé à la station de la RAF Witchford, dans le Cambridgeshire, l’escadron fait partie du 3e Groupe du Bomber Command de la RAF et est équipé de bombardiers quadrimoteurs Avro Lancaster.

Bickford et son équipage effectuent leur première mission le 14 juin à l’appui de la campagne en Normandie. Au cours des mois qui suivent, ils accomplissent plus de 25 missions un peu partout au-dessus de la France occupée et de l’Allemagne. Bien que bon nombre de leurs camarades d’escadron perdent la vie pendant ces missions, son équipage et lui en reviennent indemnes. Toutefois, le stress omniprésent qu’engendrent les opérations et la perte continuelle d’amis perturbent Bickford. Il se confie à ce sujet dans une lettre qu'il écrit le 19 juillet à son mentor et ami du Daily Republican, Floyd M. France.

La mort ne me semble plus aussi étrange et menaçante qu’avant. Quoique, encore maintenant, même si je la vois fréquemment, je doive toujours réfléchir à sa cause et à son effet, ainsi qu’à sa réelle nécessité, car elle semble réclamer trop souvent les meilleurs hommes.

Je l’ai remarqué constamment : ceux que j’aime et que j’admire sont ceux qui partent. Pour cette raison, je trouve parfois difficile de concevoir la « bienveillance » indéfectible de Dieu. Mais cela m’a convaincu d’une chose, au moins : que Dieu (et je crois qu’il existe d’une certaine façon) choisit ses nouveaux compagnons avec discernement.

La mort n’est, bien sûr, pas difficile pour celui qu’elle vient chercher et, si nous pouvions la concevoir selon son point de vue, nous ne verrions pas de raison d’être tristes. Bien sûr, les militaires qui pensent à tout cela ont beaucoup moins peur pour eux-mêmes que de la douleur que leur mort causera aux autres. Mais nous, mortels, étant égoïstes en raison de notre nature, devons faire notre deuil; et il me semble que lorsque nous le faisons, nous faisons le deuil de notre propre mort, et non le deuil de celui qui est mort.

Je me suis demandé plusieurs fois maintenant « pourquoi? », mais je n’ai jamais trouvé de réponse. Dans tous les cas, je dois croire que la vie et la mort ne sont plus que des accidents; que rien n’est créé sans but… que nous faisons partie d’un grand plan.

Tard dans la soirée du 16 septembre 1944, Bickford et son équipage quittent Witchford à bord du Lancaster LM 693 (KO-T), avec 11 autres aéronefs du 115e Escadron. Ils font partie d’un assaut aérien réunissant 54 avions à l’appui de l’opération Market Garden, une offensive musclée aéroportée et blindée dans les Pays-Bas occupés. Leur mission consiste à attaquer les emplacements de canons antiaériens qui défendent le pont près du village néerlandais de Moerdijk.

C’est la première nuit de l’opération Market Garden et la 29e mission de Bickford, maintenant promu capitaine d’aviation, sa dernière avant de terminer son affectation de 30 missions.

Le tir antiaérien ennemi est léger, mais le ciel est bondé pendant que l’armada aérienne largue ses charges hautement explosives. Le capitaine d’aviation Bickford réussit son attaque, mais pendant sa remontée pour quitter la cible, son Lancaster entre en collision avec un aéronef du 90e Escadron de la RAF. Tous les membres d’équipages des deux avions perdent la vie; ils représentent les seules pertes subies au cours de la mission.

Le capitaine d’aviation Bruce Johnson, également pilote du 115e Escadron de l’ARC, note l’événement dans son journal : « Pas vraiment d’opposition, mais nous avons perdu Bickford et son équipage au cours de la mission. Ça a été un choc! J’ai vu un avion s’écraser en plein où l’objectif se trouvait; ce devait être Bick. Sur le coup, j’ai cru que c’était gros pour un écrasement, mais il semble que ce ne l’était pas. »

En plus du capitaine d’aviation Bickford, le lieutenant d’aviation Wilfrid George Scanlan (bombardier, âgé de 22 ans, originaire de Westport, en Ontario), le lieutenant d’aviation Arnold Ney Johnston (copilote, âgé de 28 ans, originaire de Burketon, en Ontario), le sous-lieutenant d’aviation Douglas Dawson (mitrailleur de bord, âgé de 23 ans, originaire de Cookstown, en Ontario), le sous-lieutenant d’aviation Donald George Flood (mitrailleur de bord, âgé de 20 ans, originaire de Woodstock, en Ontario) et deux aviateurs de la RAF, à savoir le sous-lieutenant d’aviation P. L. Dooley, mécanicien de bord, et le sergent de section U. B. Butters, radiotélégraphiste, perdent la vie.

Tous reposent au cimetière protestant de Strijen, aux Pays-Bas. Le capitaine d’aviation Bickford était âgé de 24 ans.

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