La course pour maintenir et accroître le niveau d’expérience dans l’Aviation royale canadienne

Article de nouvelles / Le 30 juillet 2019

Par le lieutenant-général Al Meinzinger, commandant de l’Aviation royale canadienne

L’Aviation royale canadienne (ARC) emploie une main-d’œuvre hautement technique et qualifiée. Parmi les trois armées des Forces armées canadiennes (FAC), l’ARC est celle dont le personnel est le plus dispersé dans l’ensemble de notre vaste pays et est souvent affecté à des régions éloignées.

Le perfectionnement de ces aviateurs spécialisés, compétents et intellectuellement accomplis représente un investissement important pour le Canada et constitue le plus grand avantage de l’organisation, tant aujourd’hui qu’à l’avenir.

Toutefois, comme certains de mes pairs et moi en avons discuté dans les pages de la revue Skies, l’ARC et l’industrie du transport aérien civile mondiale font face à des pénuries de personnel qualifié en raison d’une croissance sans précédent de l’industrie aéronautique à l’échelle planétaire.

L’ARC n’est pas à l’abri de la forte demande qui vise les pilotes, les techniciens, le personnel de soutien et les spécialistes de l’aviation hautement qualifiés, et elle fait face à une pénurie de personnel expérimenté dans de nombreux secteurs. Elle risque de ne plus pouvoir profiter de l’inestimable portée de l’expérience de son personnel supérieur et, par conséquent, de perdre la capacité d’encadrer et de former les nouveaux aviateurs, de même que de leur transmettre des connaissances.

L’automne dernier, le vérificateur général a déposé un rapport axé sur le recrutement et le maintien en poste des techniciens et des pilotes de la force de chasse. À cette occasion, j’ai décrit les mesures prises afin de répondre aux préoccupations soulevées dans le rapport. Toutefois, il ne fait aucun doute que ces réalités modernes vont bien au-delà de notre collectivité de chasseurs.

La baisse du niveau d’expérience dans l’ARC peut avoir une incidence sur sa capacité à former, à intégrer et à employer du personnel dans certains secteurs. Si rien n’est fait, la situation pourrait avoir d’autres répercussions sur la capacité de l’ARC à effectuer des opérations.

Cette situation est exacerbée par le fait indéniable que l’organisation « forme son propre personnel »; elle ne cherche pas les services de personnes pleinement qualifiées à l’extérieur de l’organisation et ne les met pas immédiatement à l’œuvre. De plus, même les militaires diplômés d’établissements civils de formation en aviation n’en sont qu’aux balbutiements de leur expérience d’apprentissage continue. Il faut suivre de l’instruction particulière et posséder des compétences ainsi que des qualifications précises pour être en mesure d’accomplir ses tâches dans un contexte militaire dans des zones potentiellement dangereuses. Ce qui se rapproche le plus du recrutement à l’extérieur de l’organisation, c’est l’enrôlement d’anciens militaires de l’ARC ou de militaires entièrement qualifiés de forces aériennes alliées, mais, encore, il est fort probable que ceux-ci doivent renouveler certaines certifications ou suivre de l’instruction de recyclage.

De plus, cette diminution du niveau d’expérience crée un effet boule de neige qui ne peut pas être résolu par la simple augmentation du recrutement et de la capacité d’instruction. Il faut du temps pour acquérir des compétences et des connaissances. Les militaires expérimentés de l’ARC déploient les efforts nécessaires pour aider les recrues à atteindre un niveau opérationnel adéquat. Par conséquent, l’ARC doit favoriser un milieu où la qualité de vie et la qualité de service font en sorte qu’il est plus attrayant pour nos militaires de rester que de partir.

L’ARC prend des mesures concrètes afin de surmonter les difficultés liées au renouvellement et au maintien en poste de son personnel expérimenté à l’échelle de l’organisation, notamment en travaillant en étroite collaboration avec ses partenaires ministériels comme le vice-chef d’état-major de la défense, le chef du personnel militaire, le sous‑ministre adjoint (Matériels) et le sous‑ministre adjoint (Ressources humaines – Civils).

La situation du groupe professionnel militaire de pilote est particulièrement critique. Rien n’indique qu’on pourra bientôt remédier à la pénurie de pilotes à l’échelle internationale, et bien que l’organisation ait connu une telle pénurie au cours des dernières années, même si elle ne manquait pas de recrues et de candidats intéressés, elle a constaté une pénurie croissante de pilotes expérimentés. Le départ volontaire inattendu de membres du personnel de l’ARC vers l’industrie aéronautique civile a exacerbé les difficultés que l’organisation doit surmonter.

Par conséquent, comme l’a demandé le chef d’état-major de la défense dans le cadre de ce qu’on a appelé l’« opération Experience », nous mettrons en œuvre des mesures visant à stabiliser et à accroître rapidement le niveau d’expérience des pilotes de toutes nos flottes. Nous avons déjà commencé à travailler à l’atteinte de certains de nos objectifs à court terme et, à plus long terme, nous prendrons des mesures globales qui toucheront toutes les fonctions d’instruction et flottes d’aéronefs opérationnels afin de nous assurer de continuer à pouvoir exercer une puissance aérienne et spatiale efficace.

Ces mesures s’inscrivent dans l’« opération Talent », un vaste plan de campagne de l’ARC qui met l’accent sur la qualité de vie et de service de tous les militaires de la Force régulière et de la Réserve ainsi que de leur famille. L’opération Talent concerne particulièrement le recrutement, l’instruction, l’intégration et l’emploi de nos aviateurs.

Bien que ces deux directives aient été publiées séparément, elles traitent de deux aspects d’un même problème, et l’ARC doit mettre en œuvre les mesures appropriées de façon harmonieuse, complémentaire et globale.

La difficulté que doit surmonter l’organisation est toutefois complexe et exigera des solutions qui le sont tout autant. Nos solutions s’appliqueront à l’ensemble de l’ARC plutôt qu’à un seul groupe professionnel, mais je sais pertinemment que nous devons d’abord stabiliser nos secteurs les plus critiques. Comme je l’ai mentionné, nous travaillons déjà à la réalisation de plusieurs mesures afin d’améliorer la situation de l’ARC et certaines d’entre elles seront rapidement mises en œuvre. Cependant, je tiens à être clair : il est possible que nous devions attendre de cinq à sept ans avant de toutes les mettre pleinement en œuvre.

Par exemple, nous constatons déjà des progrès en ce qui concerne la création d’un nouveau groupe professionnel de technicien de soutien des opérations aériennes (Force de réserve), qui permettra de renforcer les capacités de protection de la force et de fournir un soutien aux activités d’entretien des aéronefs ainsi que de recherche et de sauvetage. Nos techniciens hautement qualifiés en aéronautique ainsi qu’en recherche et en sauvetage seront ainsi en mesure de se concentrer sur leurs fonctions principales. Nous commencerons à accepter les candidatures pour ce groupe professionnel cet été.

Nous planifions également la création d’un groupe professionnel d’officier des opérations aériennes, qui permettra à l’ARC de proposer à ses militaires une nouvelle profession passionnante axée sur la tenue et le soutien des opérations. La création de ce nouveau groupe professionnel se traduira également par l’affectation d’un plus grand nombre de membres du personnel navigant aux escadrons.

Voici certaines des mesures qui ont déjà été prises :

  • modifier la politique sur le service obligatoire lié à certains engagements comme l’instruction des pilotes et les échanges internationaux;
  • accroître la durée des premières affectations des membres du personnel navigant des escadrons tactiques à un minimum de quatre ans, en commençant par les pilotes;
  • faire appel à des instructeurs supplémentaires qui assureront l’instruction du personnel navigant et des membres de l’unité d’instruction opérationnelle, tout en envisageant la possibilité de créer des postes d’instructeurs dans la fonction publique.

Voici quelques-unes des mesures qui seront prises au cours de la prochaine année :

  • offrir une plus grande souplesse en matière d’emploi aux réservistes, notamment en ce qui concerne les indemnités versées aux réservistes qui participent à des opérations au pays;
  • explorer des possibilités d’instruction auprès de nos alliés; chercher des méthodes afin de mieux évaluer les qualifications et l’expérience des candidats; réenrôler ou enrôler les candidats militaires qualifiés dont l’expérience profitera à l’organisation;
  • explorer des modèles de rémunération et d’avantages sociaux plus modernes fondés sur les compétences pour tous les groupes professionnels de l’ARC en vue de modifier le modèle actuel, qui est fondé sur la montée en grades.

Et bien plus encore...

Nous sommes déterminés à accomplir notre mission, qui consiste à fournir aux FAC une puissance aérienne et spatiale pertinente et adaptable afin de surmonter les difficultés actuelles et futures en matière de défense. Dans plusieurs secteurs, nous chercherons à établir des partenariats avec l’industrie et nos alliés pour nous aider à atteindre nos objectifs.

J’encourage tous les membres de l’équipe de l’ARC, du militaire le plus expérimenté à la plus récente recrue, à s’informer et à apporter leur contribution afin de renforcer et de faire progresser notre merveilleuse force aérienne. « Sic Itur Ad Astra »  ̶  Telle est la voie vers les étoiles.

Cet article a également paru dans la revue RCAF Today.

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